Le Sénégal ambitionne d’atteindre 3 millions de visiteurs, un objectif fixé par le ministère du Tourisme et des Loisirs, mais la réciprocité des visas pourrait bien compliquer la tâche. Depuis la pandémie de Covid-19, le pays peine à retrouver les chiffres de fréquentation touristique d’avant 2020.
Assane Ndiaye, acteur du secteur, ne cache pas ses inquiétudes. « Avant la crise, nous avions une affluence régulière, surtout en haute saison. Mais même avec la reprise des vols et la réouverture des frontières, le nombre de touristes reste faible », déplore-t-il. Cette baisse touche en particulier les petits commerçants et artisans qui dépendent du tourisme pour leur activité. Mor Gueye, vendeur d’objets d’art, témoigne de la difficulté de joindre les deux bouts : « Avant, je pouvais gagner 50.000 francs par jour. Maintenant, même 5.000 francs, c’est difficile à obtenir. Les touristes sont moins nombreux, et les achats ont chuté. »
Dans ce contexte difficile, une nouvelle mesure du gouvernement pourrait aggraver la situation : l’instauration d’un visa d’entrée réciproque pour les visiteurs étrangers. Cette décision, selon les autorités sénégalaises, vise à mieux contrôler les flux migratoires et à garantir un traitement équitable pour les Sénégalais à l’étranger. Lamine Badji, un citoyen sénégalais, défend cette position : « Les autorités savent ce qu’elles font. Même dans les pays occidentaux, les procédures de visa ne sont pas toujours très strictes. Il faut simplement s’adapter. »
Toutefois, cette mesure divise. Pour de nombreux professionnels du tourisme, elle pourrait être un frein supplémentaire pour le secteur. « Aujourd’hui, il faut attirer les touristes, pas les décourager. Ceux-ci viennent avec leur argent, ils réservent des hôtels, mangent au restaurant, achètent des souvenirs. En leur imposant un visa, on leur donne une raison de choisir une autre destination », explique Assane Ndiaye.
Alors que le secteur touristique sénégalais lutte pour se relever, cette mesure pourrait éloigner davantage les visiteurs, aggravant ainsi la fragilité économique du pays. Le gouvernement se trouve confronté à un dilemme : défendre la souveraineté nationale ou préserver un secteur vital pour l’économie.
En juillet 2023, l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) annonçait l’arrivée de 1.829.907 visiteurs à travers les trois principaux aéroports du pays, dépassant les prévisions initiales. Toutefois, l’objectif de 3 millions de touristes reste un défi de taille dans ce contexte incertain.
La Rédaction

