Le paysage politique libanais, déjà fragmenté, connaît une nouvelle secousse avec le positionnement ambigu du Hezbollah face à la candidature de Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée, pour la présidence. Alors que les pressions internationales se multiplient pour propulser Aoun à la tête de l’État, une déclaration de Wafic Safa, haut responsable du Hezbollah, semble éclairer – sans trancher – la posture du parti chiite.
Un « oui » timoré, mais significatif
« Nous n’avons pas de veto contre le commandant en chef de l’armée. » Ces mots, prononcés par Wafic Safa, responsable de l’unité de liaison au sein du Hezbollah, lors d’une intervention dans la banlieue sud de Beyrouth, marquent un tournant prudent dans le discours du parti chiite. Historiquement réticent à soutenir des figures alignées sur des intérêts perçus comme occidentaux ou proches des pays du Golfe, le Hezbollah semble éviter une confrontation directe avec la candidature de Joseph Aoun.
Cependant, ce « oui » voilé est loin d’être une approbation enthousiaste. Il reflète davantage une stratégie de contournement des blocages actuels qu’une réelle adhésion à la candidature du chef de l’armée.
Joseph Aoun : un candidat au centre des pressions
Le général Joseph Aoun, connu pour son professionnalisme et sa gestion des crises dans un pays plongé dans une instabilité politique et économique profonde, est perçu par plusieurs acteurs internationaux comme une figure capable de restaurer une certaine stabilité institutionnelle. Les États-Unis et la France, en particulier, ont multiplié les initiatives pour rallier les forces politiques libanaises à sa candidature.
Mais cette pression extérieure peut aussi devenir un frein. Pour le Hezbollah, Joseph Aoun reste une personnalité suspectée de proximité avec des courants politiques et des puissances étrangères qui ne partagent pas les intérêts du parti. Ainsi, même sans veto explicite, la méfiance persiste.
Un jeu d’équilibre pour le Hezbollah
Le Hezbollah se retrouve dans une position délicate : afficher une opposition frontale à Joseph Aoun pourrait aggraver les divisions internes au Liban et isoler davantage le parti sur la scène internationale. En revanche, soutenir ouvertement sa candidature risquerait d’affaiblir son image auprès de sa base, qui valorise son rôle de contre-pouvoir face aux influences étrangères.
En coulisses, le Hezbollah semble vouloir temporiser, laissant les autres forces politiques débattre et éviter de porter directement la responsabilité d’un éventuel blocage présidentiel.
Une impasse prolongée
Alors que le Liban traverse l’une des pires crises de son histoire, l’absence de consensus autour d’un président ne fait qu’approfondir les fractures. La déclaration de Wafic Safa illustre à quel point le jeu politique libanais reste prisonnier d’équilibres fragiles et de calculs complexes.
Le sort de la présidence, et par extension du pays, repose désormais sur la capacité des acteurs politiques à dépasser leurs méfiances réciproques. Mais au Liban, comme souvent, les réponses semblent toujours suspendues à des négociations interminables et à des compromis encore invisibles.
La Redaction

