Les drones de combat ont profondément redéfini la manière de mener la guerre en Afrique. Depuis la première frappe de drone orchestrée par l’armée américaine en Libye il y a treize ans, ce mode de guerre a connu une expansion rapide, surtout ces deux dernières années, alimentée par des conflits comme celui au Soudan. Près de 740 frappes ont été menées sur le sol africain, changeant à jamais le visage de la guerre sur le continent.
Ce sont les États-Unis qui ont posé les bases des frappes de drones en Afrique, avant de passer plus d’une décennie à perfectionner cette technique de guerre. Mais derrière ces avancées technologiques, les victimes civiles ont souvent été ignorées, reléguées à l’arrière-plan des bilans officiels. La première attaque de drone sur le continent africain remonte à avril 2011, lorsque qu’un drone Predator américain a frappé à Misrata, en Libye. Peu de temps après, les frappes se sont étendues à la Somalie, ciblant des militants présumés d’Al Shabaab. Cependant, l’absence de transparence de la part de l’armée américaine sur les critères de sélection des cibles a suscité des doutes quant à la véritable nature des victimes, brouillant la distinction entre combattants et civils.
Depuis 2011, plus de deux cents frappes de drones américains ont été recensées en Afrique, causant la mort de milliers de personnes, dont de nombreux civils. Les rapports de The Continent ont souligné à plusieurs reprises que les populations civiles se retrouvent régulièrement au cœur des attaques.
Parallèlement, les progrès technologiques ont rendu les drones militaires moins coûteux et plus accessibles, permettant à des pays comme la Turquie, la Chine et l’Iran de produire ces engins en série. L’accès aux drones a offert un avantage décisif à plusieurs gouvernements africains. En Éthiopie, les drones ont permis au gouvernement de prendre le dessus sur les rebelles tigréens en 2022. Aujourd’hui, les drones, prétendument fournis par les Émirats arabes unis, jouent un rôle central dans la guerre civile au Soudan, notamment en donnant un avantage aux Forces de soutien rapide (FSR).
Cette prolifération des drones ne se limite pas aux États. Les groupes rebelles et les factions armées au Sahel se sont eux aussi emparés de cette technologie. Depuis septembre 2023, le groupe JNIM (Jamaat Nasr al-Islam wal Muslimin) a utilisé des drones à au moins huit reprises pour larguer des explosifs improvisés sur des positions rivales au Burkina Faso et au Mali, prouvant que cette technologie est à la portée de tous les acteurs des conflits.
Malgré les promesses de précision et de ciblage des drones, la réalité est bien plus sombre. Sur les 2 589 victimes recensées dans les frappes signalées sur le sol africain, près d’un tiers ont été tuées lors de frappes visant des zones civiles, loin des cibles militaires annoncées. Et lorsque ces opérations échouent ou causent des pertes humaines injustifiées, les responsables sont rarement contraints de rendre des comptes.
Les drones représentent une innovation majeure sur le champ de bataille, mais leurs effets destructeurs restent tristement familiers. La guerre change de visage, mais ce sont toujours les populations civiles qui en supportent le coût le plus lourd, payant le prix fort d’une technologie qui échappe souvent à tout contrôle.
La Rédaction

