Pour la première fois, un pays d’Afrique du Nord intègre le cercle des partenaires de l’ASEAN. L’Algérie devient un acteur de dialogue sectoriel avec l’Asie du Sud-Est, ouvrant une nouvelle ère de sa diplomatie.
C’est désormais acté. Lors de la 58ᵉ réunion ministérielle de l’ASEAN tenu récemment à Kuala Lumpur, l’Algérie a officiellement signé le Traité d’amitié et de coopération (TAC), rejoignant ainsi le cercle des partenaires de dialogue sectoriel de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Une avancée diplomatique inédite pour Alger et un signal fort envoyé à la communauté internationale.
Une percée diplomatique majeure
Cette adhésion au TAC place l’Algérie au cœur d’un espace économique régional de premier plan, représentant un PIB cumulé de plus de 3 600 milliards de dollars. Pour Alger, c’est une diversification stratégique de ses alliances, bien au-delà de son ancrage euro-méditerranéen.
« Une avancée structurante pour l’avenir économique et diplomatique de l’Algérie, tournée vers l’Asie, l’Afrique et les pays émergents », a déclaré Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, présent en Malaisie pour signer l’accord.
Pourquoi l’ASEAN regarde vers Alger
Du côté asiatique, le rapprochement est tout sauf anodin. L’Algérie bénéficie d’une position géographique stratégique entre trois continents, d’une stabilité politique relative, et d’un accès privilégié au marché africain via la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine). Elle séduit également par ses ressources énergétiques abondantes et son potentiel en tant que hub logistique régional.
Des pays comme l’Indonésie, le Vietnam ou encore la Malaisie voient déjà dans l’Algérie un partenaire énergétique fiable et un point d’ancrage africain à leurs ambitions économiques.
Le retour gagnant d’Ahmed Attaf
Ce rapprochement avec l’ASEAN est le fruit d’un travail diplomatique intensif mené par Ahmed Attaf, revenu aux affaires en 2023 à l’appel du président Abdelmadjid Tebboune. Fin connaisseur de la scène internationale, ancien ambassadeur en Inde, en Yougoslavie et au Royaume-Uni, Attaf a déjà été ministre des Affaires étrangères dans les années 1990. Son retour coïncide avec une politique étrangère volontariste : ouverture vers l’Afrique, partenariat renforcé avec la Chine, et désormais pivot vers l’Asie.
Un partenariat ambitieux mais exigeant
Ce nouveau statut ne signifie pas une adhésion complète à l’ASEAN, mais il ouvre la voie à une coopération sectorielle renforcée : énergie, agriculture, santé, éducation, innovation, sécurité maritime, etc. Pour capitaliser sur cette dynamique, Alger devra encore réformer son climat des affaires et offrir davantage de garanties aux investisseurs asiatiques.
Une Algérie-pont entre continents
En rejoignant l’ASEAN en tant que partenaire de dialogue sectoriel, l’Algérie affiche une ambition claire : devenir un trait d’union stratégique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe méditerranéenne. Une posture qui s’inscrit dans la recomposition multipolaire des alliances mondiales.
Un expert en relations internationales basé à Jakarta résume :
« L’Algérie regarde vers l’Est, et l’ASEAN s’ouvre vers le Sud. Il y avait une fenêtre d’opportunité, ils l’ont saisie. »
La Rédaction

