Au Ghana, le débat sur les figures fondatrices de l’indépendance vient de prendre un nouveau tournant. Le Parlement a validé le retour du 21 septembre comme journée nationale en hommage à Kwame Nkrumah, reléguant au second plan la tentative précédente de partager cette reconnaissance avec d’autres figures historiques.
Cette date, qui correspond à l’anniversaire de Nkrumah, avait été remplacée en 2019 par le 4 août — une initiative de l’ancien président Nana Akufo-Addo, souhaitant rendre hommage à d’autres acteurs du combat pour l’indépendance. À l’époque, ce changement visait à souligner le rôle du mouvement UGCC (Convention unie de la Côte-de-l’Or), premier grand parti nationaliste du pays, dont Nkrumah fut un temps membre avant de fonder son propre mouvement.
Mais ce glissement mémoriel avait suscité la controverse. Kwame Nkrumah, figure charismatique du panafricanisme et premier président du Ghana indépendant en 1957, reste une icône incontestée pour une large partie de la population. Pour ses partisans, toute tentative de diluer son rôle unique revient à réécrire l’histoire.
Le chercheur en sciences politiques Chris Atadika résume ainsi l’enjeu : « L’UGCC réclamait une autonomie progressive. Nkrumah, lui, voulait l’indépendance immédiate. Cette divergence a fondé deux visions du nationalisme ghanéen. » Une fracture ancienne qui continue d’alimenter le débat sur les origines de la République.
Le président actuel, John Dramani Mahama, en décidant de rétablir le 21 septembre comme unique journée du fondateur, assume une ligne claire : inscrire Nkrumah au cœur du récit national. Pour ses soutiens, il ne s’agit pas d’effacer les autres, mais de reconnaître celui qui a cristallisé la lutte pour l’émancipation africaine.
L’opposition y voit cependant une lecture sélective de l’histoire. D’autant que Nana Akufo-Addo, à l’origine de la modification contestée, descend lui-même d’un membre influent de l’UGCC. D’où l’accusation de récupération familiale et politique.
Plus de six décennies après l’indépendance, la bataille symbolique autour de la mémoire collective du Ghana montre combien l’histoire, loin d’être figée, reste un terrain vivant de luttes idéologiques et identitaires.
La Rédaction

