Le continent africain franchit une étape décisive dans la construction de son autonomie monétaire. Le PAPSS (Système panafricain de paiement et de règlement), conçu pour faciliter les transactions en monnaies locales entre pays africains, prévoit d’intégrer 500 millions de comptes bancaires dans 30 pays d’ici fin 2025. Une ambition portée par Mike Ogbalu III, directeur général du PAPSS, et dévoilée lors des récentes assemblées annuelles d’Afreximbank à Abuja.
Une solution à la dépendance aux devises étrangères
Jusqu’ici, plus de 80 % des échanges intra-africains étaient réglés en devises étrangères, principalement en dollars et euros, occasionnant des coûts élevés et des délais inutiles. En créant une infrastructure sécurisée permettant aux institutions financières africaines de traiter des paiements transfrontaliers instantanés en monnaies locales, le PAPSS vise à rendre les flux commerciaux plus rapides, moins coûteux et plus souverains.
Une carte panafricaine pour compléter le dispositif
Le 30 juin 2025, lors des 32e assemblées annuelles d’Afreximbank, une nouvelle carte bancaire PAPSS a été présentée. Elle permettra aux utilisateurs, entreprises comme particuliers, d’effectuer des paiements partout en Afrique sans avoir à convertir leurs fonds dans une devise étrangère. Une étape concrète pour renforcer l’inclusion financière et soutenir les PME actives dans le commerce régional.
Comment fonctionne concrètement le PAPSS ?
Le PAPSS repose sur un système centralisé de compensation et de règlement en temps réel, soutenu par les banques centrales des pays membres. Lorsqu’un client d’un pays A souhaite effectuer un paiement vers un pays B :
1. Il initie la transaction en monnaie locale auprès de sa banque.
2. Celle-ci transmet l’ordre au réseau PAPSS, qui s’assure de la validité du paiement.
3. Le montant est ensuite converti automatiquement et transféré à la banque destinataire dans la monnaie du pays B.
4. Les banques centrales garantissent le bon déroulement du règlement en arrière-plan.
Ce mécanisme élimine la nécessité d’utiliser le dollar ou l’euro comme intermédiaire, réduit les coûts et accélère considérablement les délais de paiement.
Une brique essentielle de la ZLECAf
Le PAPSS s’inscrit directement dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui cherche à transformer les échanges intra-africains en un moteur de développement endogène. En réduisant les barrières monétaires, PAPSS facilite la circulation des biens, services et capitaux, et contribue à l’harmonisation des systèmes financiers africains.
Le service est-il ouvert au public ?
Pas encore totalement. Aujourd’hui, le PAPSS est principalement accessible aux banques commerciales, fintechs et institutions financières agréées, qui l’intègrent dans leurs systèmes pour proposer des services à leurs clients. Les particuliers ou les PME ne peuvent pas encore s’inscrire directement sur la plateforme.
Cependant, le lancement récent de la carte bancaire PAPSS annonce une ouverture progressive vers le grand public, via les banques affiliées au système. D’ici à fin 2025, à mesure que les comptes seront intégrés et que les banques locales s’aligneront, les usagers finaux pourront utiliser PAPSS via leurs établissements bancaires, sans passer par les canaux traditionnels de change.
Soutiens institutionnels et perspectives
Déjà adopté par plusieurs banques centrales et institutions financières majeures, le PAPSS est soutenu par Afreximbank, l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf. Sa montée en puissance pourrait aussi renforcer le rôle des monnaies africaines sur le continent, dans un contexte où plusieurs pays explorent des alternatives aux systèmes dominés par le dollar.
« Il ne s’agit pas seulement d’un outil de paiement, mais d’un levier d’indépendance économiquepour l’Afrique », souligne Mike Ogbalu III.
Avec l’intégration prochaine de 500 millions de comptes et le déploiement d’une carte dédiée, le PAPSS se positionne comme un pilier de la souveraineté financière africaine. En reliant les économies locales par leurs propres monnaies, l’Afrique construit lentement un espace économique libéré des dépendances extérieures, plus cohérent et plus solidaire.
La Rédaction

