La controverse sur les revendications foncières de Bamburi Cement, filiale kenyane de la multinationale suisse LafargeHolcim, met en lumière les séquelles des expropriations coloniales au Kenya. À Denyenye, un village côtier du comté de Kwale, des habitants se battent pour récupérer 1 500 acres qu’ils considèrent comme leur terre ancestrale, saisie par les autorités coloniales dans les années 1950.

Héritage colonial et expropriations forcées
Pendant la colonisation britannique, de vastes portions de terres furent arrachées aux communautés locales, bouleversant leur mode de vie. Les White Highlands, près de Nairobi, sont souvent évoqués comme un exemple de ces injustices. Toutefois, peu d’attention a été portée sur les accaparements dans des zones comme Kwale, où des familles entières furent déplacées sans compensation.
À Denyenye, les villageois racontent que leurs parents furent expulsés en 1952 par des fonctionnaires coloniaux. Ceux qui refusaient de partir étaient emprisonnés, et leurs habitations détruites. Les terres auraient ensuite été cédées à un officier militaire à la retraite, avant d’être revendues à Bamburi Cement en 1954.
Bamburi Cement et le conflit foncier
Aujourd’hui, la société Bamburi affirme être la propriétaire légitime des terres de Denyenye, qu’elle utilise comme réserve pour ses futures exploitations minières. Cependant, cette revendication est contestée par les habitants, qui dénoncent des actes de violence et des abus commis par les agents de sécurité de l’entreprise, souvent assistés de forces paramilitaires kenyanes.
Les villageois accusent également Bamburi d’un manque de transparence. Des incohérences dans les documents fonciers, notamment des divergences sur la taille des parcelles et la durée des baux, ont été relevées. Malgré des demandes répétées auprès des autorités kenyanes, aucun certificat de propriété complet n’a été présenté.
La résistance locale
Les habitants de Denyenye, avec le soutien d’organisations communautaires et de réseaux militants comme l’Alliance foncière du Kenya (KLA), poursuivent leur lutte. Ils dénoncent l’absence de consultations réelles sur les projets de Bamburi, notamment la construction annoncée d’une usine de production de clinker.
Faith Alubbe, directrice de la KLA, souligne que priver les communautés d’accès à des informations fiables sur des terres qu’elles considèrent comme leur héritage est une injustice flagrante.
Une justice toujours en attente
Après plus de 70 ans, les habitants de Denyenye continuent de revendiquer leurs droits sur ces terres, espérant que leurs voix trouveront enfin un écho auprès des autorités. La lutte pour Denyenye symbolise les combats plus larges pour la restitution des terres spoliées pendant la colonisation, un défi persistant dans de nombreux pays africains.
La Rédaction

