Addis-Abeba vacille. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a récemment lancé une alerte glaçante : faute de financements, 650 000 femmes et enfants éthiopiens souffrant de malnutrition seront privés d’aide dès mai. En juin, ce sont près d’un million de réfugiés qui cesseront de recevoir des vivres si aucune rallonge budgétaire n’est octroyée. L’organisme évoque un déficit criant de 222 millions de dollars, accentué par le désengagement brutal des États-Unis.
En toile de fond : le tournant radical de la politique étrangère américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Dès janvier, l’ancien président a annoncé le gel des financements de l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), bras armé de l’aide humanitaire américaine. En mars, son chef de la diplomatie, Marco Rubio, a confirmé la réduction drastique du budget de l’agence : de 37 milliards de dollars en 2023, il chute à moins de 9 milliards cette année. Une baisse de 83 %, sans précédent.
L’Éthiopie, première victime du retrait américain
Ce retrait frappe en priorité l’Éthiopie. Premier bénéficiaire de l’aide américaine en Afrique subsaharienne, le pays avait reçu 1,8 milliard de dollars de l’Usaid en 2023. Ce soutien était vital pour une population fragilisée par les séquelles de la guerre au Tigré, les effets du changement climatique et l’inflation galopante.
Dans les centres de santé du nord du pays, comme à Nebar Hadnet dans la région du Tigré, les soignants s’inquiètent. En février 2024, ils recevaient encore des mères et leurs enfants grâce au soutien logistique et nutritionnel de partenaires internationaux. Aujourd’hui, l’horizon s’assombrit.
Un effondrement humanitaire en chaîne ?
La coupure de l’aide américaine déclenche un effet domino. Plusieurs autres pays donateurs, eux aussi en quête d’économies, ont emboîté le pas. Résultat : plus de 3,6 millions de personnes en situation de grande vulnérabilité se retrouvent menacées de famine. L’Éthiopie pourrait ainsi renouer avec les pires heures de son histoire humanitaire.
Face à l’urgence, des appels à la solidarité internationale se multiplient. Mais sans relais politique fort, et sans repositionnement stratégique des puissances régionales, le pays risque de payer le prix fort d’un virage géopolitique dicté à Washington.
La Rédaction

