Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda, poursuit sa progression inquiétante dans l’ouest du Mali, jusqu’aux portes du Sénégal et de la Mauritanie. Selon un rapport publié le 28 avril par le Timbuktu Institute, cette montée en puissance est qualifiée d’« exponentielle » : entre 2021 et 2024, les attaques du groupe jihadiste dans la région de Kayes ont été multipliées par sept, un tournant stratégique qui préfigure une menace régionale.
Les actions menées par le Jnim — embuscades, engins explosifs improvisés, assassinats ciblés — visent principalement les forces armées maliennes. Le 8 février à Melgué, trois soldats ont été tués et trois autres blessés dans une attaque. Mais la cible du groupe ne se limite plus aux militaires. Des figures religieuses comme Thierno Hady Tall, accusé de proximité avec le pouvoir, sont également visées.
Un verrou stratégique : la route de Kayes
Le rapport du Timbuktu Institute met en lumière une stratégie claire : affaiblir Bamako en coupant l’un de ses principaux corridors logistiques. L’axe routier reliant la capitale malienne à Kayes puis au Sénégal est aujourd’hui au cœur des actions du Jnim. Cette volonté d’isolement s’accompagne d’une dispersion des forces de sécurité maliennes, rendant plus difficile la protection des zones frontalières.
Parallèlement, les jihadistes multiplient les prêches radicaux et les prélèvements illégaux de taxes, un mode d’action bien rodé dans le centre du Mali et désormais exporté vers l’ouest.
Vers une infiltration économique transfrontalière
Même sans présence militaire visible ni base arrière dans les pays voisins, le Jnim tisse lentement sa toile. Le rapport alerte sur la manière dont le groupe infiltre les circuits économiques de la région, notamment à travers le trafic de bétail et le commerce illégal de bois. Des animaux volés au Mali sont revendus au Sénégal et en Mauritanie via des réseaux dans lesquels certains commerçants locaux, parfois sous pression, se retrouvent indirectement impliqués.
Ces trafics, au-delà de leur rentabilité, permettent au Jnim de nouer des contacts, de poser des jalons logistiques et d’envisager à terme une implantation plus poussée par le biais de ces « circuits commerciaux parallèles ».
Un terreau de vulnérabilités
Le rapport souligne que le groupe pourrait aussi tenter de recruter au Sénégal et en Mauritanie en exploitant les frustrations sociales : chômage endémique des jeunes, inégalités de castes, marginalisation de certaines communautés. Ces tentatives restent marginales pour l’instant, mais les chercheurs appellent à ne pas sous-estimer leur potentiel.
Face à ces dynamiques, les auteurs du rapport préconisent un renforcement urgent de la coopération sécuritaire entre les États concernés, un meilleur partage de l’information et une surveillance accrue des zones transfrontalières.
Car si le centre du Mali a longtemps été l’épicentre de l’insécurité, l’ouest du pays pourrait bien devenir, demain, la nouvelle ligne de fracture d’un conflit régional aux ramifications multiples.
La Rédaction

