Au Kenya, l’un des piliers de l’économie nationale vacille sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans le port stratégique de Mombasa, des millions de kilos de thé noir restent immobilisés, révélant l’ampleur des perturbations qui frappent désormais les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Un blocage massif au cœur du commerce du thé
Selon les acteurs du secteur, plus de 10 millions de kilos de thé s’accumulent dans les entrepôts portuaires, faute de débouchés fluides vers les marchés traditionnels.
Le Kenya, premier exportateur mondial de thé noir, dépend fortement des expéditions vers des pays comme l’Égypte, le Pakistan ou encore l’Iran. Or, ces flux sont aujourd’hui fortement perturbés.
Le choc logistique venu des routes maritimes
Au cœur du problème : la désorganisation des grandes routes maritimes internationales. Le blocage partiel du détroit d’Ormuz et les tensions en mer Rouge ont contraint les compagnies maritimes à revoir leurs itinéraires.
Les navires contournent désormais les zones à risque en passant par le cap de Bonne-Espérance, allongeant considérablement les délais et renchérissant les coûts de transport, d’assurance et de sécurité.
Résultat : une explosion des coûts logistiques qui rend certaines destinations commerciales difficilement accessibles pour les exportateurs d’Afrique de l’Est.
Des marchés clés devenus fragiles
Le Moyen-Orient représente entre 20 % et 25 % des exportations kényanes de thé. Des pays comme le Pakistan, qui absorbe une part majeure des volumes, ou encore l’Iran, figurent parmi les clients les plus exposés à ces perturbations.
Avec la hausse des coûts du carburant, les marchés les plus éloignés deviennent moins rentables, voire inaccessibles pour certains opérateurs.
Un secteur vital sous pression
Le thé constitue l’un des moteurs économiques du Kenya. Il fait vivre plusieurs millions de personnes, dont plus de 700 000 petits producteurs.
L’accumulation des stocks commence à peser directement sur les revenus agricoles, alors même que les producteurs réclament une revalorisation des prix à la production.
Entre discours rassurant et inquiétudes du terrain
Face à la situation, les autorités tentent de contenir l’inquiétude. Le président William Ruto a récemment évoqué une bonne tenue des exportations.
Mais sur le terrain, plusieurs professionnels du secteur contestent cette lecture, estimant que les indicateurs avancés ne reflètent pas la réalité actuelle des blocages et des pertes économiques.
Une crise révélatrice d’une dépendance structurelle
Au-delà de l’urgence conjoncturelle, cette situation met en lumière la vulnérabilité du modèle d’exportation kényan, fortement dépendant des routes maritimes internationales et des marchés extérieurs.
Tant que les tensions au Moyen-Orient persisteront, le secteur du thé pourrait continuer à subir les effets d’une crise qui le dépasse largement.
La Rédaction

