Après 108 ans d’absence, le tambour parleur du peuple bidjan retrouve Abidjan dans un élan de ferveur et de mémoire
Plus d’un siècle après avoir quitté la lagune Ébrié, le Djidji Ayokwé s’apprête à regagner la Côte d’Ivoire. Ce tambour parleur, emblème du peuple bidjan et instrument majeur de communication traditionnelle, fera l’objet d’une cérémonie officielle de signature pour sa restitution le 20 février à Paris, entre les ministres de la Culture française et ivoirienne. À Abidjan, les autorités coutumières se préparent déjà à accueillir ce patrimoine chargé d’histoire.
Une restitution attendue depuis plus d’un siècle
Le retour du Djidji Ayokwé intervient après 108 années d’absence. Long de 3,3 mètres et pesant près de 430 kilos, l’instrument n’était pas un simple objet rituel : il structurait autrefois la vie sociale et sécuritaire des villages lagunaires.
Apollinaire Amon N’gbeke, chef du village de Locodjro, évoque « un sentiment de joie » et rappelle que les préparatifs ont débuté dès 2021. Des commissions ont été mises en place afin d’organiser l’accueil et de déterminer le lieu approprié pour préserver ce patrimoine historique.
Un instrument au cœur de l’organisation sociale

Tambour parleur exposé au Musée du quai Branly, instrument traditionnel africain utilisé pour transmettre des messages à distance.
Pour les chefs traditionnels, le Djidji Ayokwé incarnait un véritable système de communication codé. Louis-Jacque Gouedouan, chargé du protocole des chefs, explique que des initiés savaient interpréter les sons émis par le tambour. Ces messages permettaient d’alerter les populations et d’orienter la vie collective.
Au-delà de sa dimension fonctionnelle, son retour est perçu comme un acte de reconnaissance culturelle et une source de fierté nationale. « Le peuple Bidjan et la Côte d’Ivoire attendent cet instrument », souligne-t-il.
Un accueil solennel à Abidjan
Les festivités prévues à Abidjan s’annoncent à la hauteur de l’événement. Guy Djagoua, chef du village de Bidjan-Té, annonce une célébration de génération, étroitement liée à l’histoire du tambour. Chaque village viendra accompagné de son chef de guerre pour des danses traditionnelles, renouant ainsi avec les pratiques anciennes.
Une délégation des chefs coutumiers est attendue à Paris pour la cérémonie officielle. À son retour, le Djidji Ayokwé transitera par Adjamé, lieu d’où il avait été emporté, avant d’être conservé au Musée des Civilisations. Selon des sources au ministère ivoirien de la Culture, son arrivée pourrait intervenir dans les prochains jours.
Un symbole de mémoire et de souveraineté culturelle
Au-delà du geste patrimonial, cette restitution s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des biens culturels africains. Pour la Côte d’Ivoire, le retour du Djidji Ayokwé ne représente pas seulement la récupération d’un objet historique, mais la reconquête d’un pan essentiel de son identité collective.
La Rédaction

