Une proposition israélienne confidentielle, révélée par Euronews, esquisse les contours d’un Gaza post-Hamas placé sous contrôle militaire israélien, reconstruit et démilitarisé — mais excluant toute souveraineté palestinienne.
Le gouvernement israélien a en sa possession un document stratégique de 32 pages, daté de décembre 2023, détaillant un plan pour gouverner la bande de Gaza après la chute du Hamas. Ce projet, intitulé “Gaza Security and Recovery Program, How Should The Day After Look Like”, a été rédigé par l’Israel Defense and Security Forum et le Jerusalem Center for Public Affairs, deux structures influentes rassemblant des milliers de réservistes et des experts sécuritaires israéliens.
Selon les informations obtenues par Euronews, ce plan a été remis au gouvernement israélien et fait partie des scénarios actuellement à l’étude. Il se distingue par une vision radicalement unilatérale de l’après-guerre : reconstruction, déradicalisation de la société gazaouie et gouvernance locale strictement encadrée, sans implication de l’Autorité palestinienne (AP), ni de l’UNRWA, ni même de l’Union européenne.
Trois phases pour redessiner Gaza
La proposition se déploie en trois étapes :
1. Occupation militaire et loi martiale.
Dans un premier temps, les Forces de défense israéliennes (FDI) exerceraient un contrôle total sur Gaza, y compris sur la frontière sud avec l’Égypte et le point de passage stratégique de Rafah. Le document mentionne explicitement la création d’une zone tampon interdite aux Gazaouis le long de la frontière israélienne. Cette phase pourrait durer jusqu’à un an et vise à “éliminer le Hamas” tout en démantelant toute infrastructure susceptible d’assurer sa résurgence.
2. Mise en place d’une gouvernance locale sous condition.
Cinq conseils administratifs seraient instaurés (Nord, Gaza-ville, Centre, Khan Younès, Rafah). Composés de figures locales “non affiliées à des factions terroristes”, ces instances devraient reconnaître l’État d’Israël et s’engager dans une “rééducation” de la société gazaouie – un terme que les auteurs assimilent à un processus de “dénazification”.
3. Autodétermination conditionnelle.
À long terme, les Gazaouis pourraient accéder à une forme d’autonomie, mais seulement après avoir rejeté toute idéologie hostile à Israël. “Le plan proposé ne met aucun obstacle réel à l’autodétermination une fois que les Gazaouis auront reconnu Israël comme État-nation du peuple juif”, stipule le document.
Une reconstruction sous supervision israélienne
Le projet préconise la création d’une Direction internationale de gestion (IMD), principalement dominée par Israël, pour coordonner l’aide humanitaire et la reconstruction. Elle intégrerait des pays “pragmatiques”, comme l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et plusieurs États sunnites (Égypte, EAU, Bahreïn, potentiellement l’Arabie saoudite), en écartant volontairement l’ONU et l’Union européenne.
Cette direction aurait aussi pour mission de filtrer les organisations humanitaires à l’aide d’une “liste noire” établie par Israël. L’UNRWA, qui joue un rôle central dans les secours aux Palestiniens depuis des décennies, serait exclue, bien que le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) reste mentionné comme une alternative éventuelle.
L’UE critiquée, le Hamas effacé
Le document fustige l’Union européenne, principal bailleur de fonds des territoires palestiniens, pour son soutien à l’AP et à l’UNRWA. Il recommande explicitement de ne travailler qu’avec les pays européens jugés les plus favorables à la position israélienne dans le conflit en cours.
Élaborée avant l’attaque du 7 octobre 2023 du Hamas contre Israël, cette proposition visait d’abord la Cisjordanie, mais a été adaptée à Gaza dans le contexte de la guerre actuelle. Depuis le lancement d’une vaste offensive terrestre début mai, l’armée israélienne a déjà mis en œuvre plusieurs aspects du plan, notamment la prise de contrôle de portions stratégiques de la bande de Gaza.
Une reconstruction au goût d’occupation ?
Pour ses détracteurs, ce plan ne constitue pas un projet de paix mais une institutionnalisation de l’occupation, sous couvert de sécurité. L’exclusion de toute autorité palestinienne ou instance multilatérale crédible soulève de lourdes interrogations sur sa légitimité et sa viabilité. De son côté, l’ONU s’inquiète de la transformation de Gaza en “champ de bataille”, avec plus de 52 000 morts palestiniens depuis octobre 2023, et des populations civiles en situation de famine et de déplacement forcé.
La proposition, aussi détaillée soit-elle, demeure pour l’instant théorique. Mais sa diffusion éclaire la vision qu’Israël pourrait vouloir imposer à Gaza : un territoire sous contrôle, sans Hamas, sans AP, sans UNRWA… et sans État palestinien.
La Rédaction

