Récemment, les efforts renouvelés de l’administration Trump pour forcer plusieurs pays africains à accueillir des migrants violents expulsés des États-Unis suscitent une vive inquiétude sur le continent.
Dans une démarche controversée, Washington a entamé des discussions discrètes avec plusieurs capitales africaines pour obtenir leur coopération dans le cadre de ce que les autorités américaines décrivent comme une stratégie de « stabilisation migratoire ». En réalité, il s’agit de convaincre certains États de recevoir des individus aux profils sensibles, parfois issus de groupes criminels ou de gangs, que les États-Unis ne parviennent pas à expulser vers leur pays d’origine, en raison de blocages diplomatiques ou juridiques.
Une relocalisation problématique
Les pays ciblés, principalement d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, se voient proposer un « partenariat renforcé » en échange d’une coopération migratoire jugée essentielle par l’administration américaine. Ces accords impliqueraient l’accueil temporaire ou durable de migrants considérés comme violents, dont certains sont issus de bandes criminelles d’Amérique centrale.
Ce type de relocalisation, inspiré des précédents européens ou australiens, s’appuie sur la notion de « pays tiers sûr » — un pays supposé stable où les migrants peuvent être transférés en attendant leur traitement judiciaire ou leur expulsion définitive. Mais dans les faits, ces transferts s’apparentent à un déversement arbitraire de populations jugées indésirables sur des territoires déjà confrontés à de lourds défis sécuritaires et sociaux.
Des dirigeants embarrassés
Face à cette pression diplomatique, plusieurs chefs d’État africains ont fait savoir qu’aucun engagement n’avait été pris. Des diplomates ayant participé aux discussions récentes évoquent même un certain malaise. Pour certains gouvernements, accepter ce type de demande reviendrait à endosser la responsabilité de crimes commis ailleurs, tout en exposant leurs propres populations à de nouveaux risques.
« Nous ne sommes pas la décharge sécuritaire de l’Occident », a déclaré un haut responsable ouest-africain sous couvert d’anonymat. Il souligne également le caractère déséquilibré de ces négociations, où les promesses d’investissements sont agitées comme monnaie d’échange.
Une division croissante au sein de l’Union africaine
L’affaire crée aussi des tensions à l’échelle continentale. Au sein de l’Union africaine, les diplomaties sont partagées : d’un côté, certains pays vulnérables économiquement se montrent ouverts à des accords de relocalisation, dans l’espoir de bénéficier d’un appui financier ou logistique accru ; de l’autre, des États plus affirmés dénoncent une politique qui instrumentalise la souveraineté africaineau service d’agendas sécuritaires étrangers.
Des ONG spécialisées dans les migrations rappellent que ces personnes sont parfois expulsées sans avoir purgé totalement leurs peines, ou sans accès à un procès équitable. La pratique pourrait violer plusieurs conventions internationales, notamment celles sur la protection des réfugiés ou les droits des personnes détenues.
Un précédent lourd de conséquences
Le débat renvoie à des précédents récents : l’Australie, par exemple, avait tenté des relocalisations de migrants vers Nauru ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec des conséquences humanitaires désastreuses. Des experts s’inquiètent aujourd’hui de voir l’Afrique devenir le nouveau laboratoire de ce type de politique, au détriment de ses priorités internes.
L’Afrique, aujourd’hui moteur d’un nouveau multilatéralisme, voit dans ces manœuvres une tentative de retour au rapport de force unilatéral. Accepter d’héberger des migrants indésirables, sans lien avec le continent, reviendrait à dénaturer le sens même de la coopération internationale.
La Rédaction

