Le Conseil de sécurité a prolongé jusqu’au 31 mars 2027 le mandat de la Force de répression des gangs. Pour Haïti, l’enjeu est désormais de transformer cette continuité diplomatique en présence effective, en protection des civils et en résultats durables.
Le vote du mardi 29 septembre écarte une interruption du mandat de la Force de répression des gangs (FRG). Le Conseil de sécurité lui accorde six mois supplémentaires, jusqu’au 31 mars 2027. Présentée par les États-Unis et le Panama, la résolution a recueilli 12 voix favorables et trois abstentions, celles de la Chine, du Pakistan et de la Russie. Elle prévoit aussi la poursuite de l’appui logistique et opérationnel fourni par le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti.
Cette décision prolonge une force multinationale autorisée en septembre 2025 pour succéder à la précédente mission d’appui à la sécurité. Elle lui donne du temps, sans garantir à elle seule les moyens nécessaires pour reprendre le contrôle des zones dominées par les groupes armés.
Un mandat prolongé, une force encore à compléter
La FRG dispose déjà d’une structure de commandement et a engagé ses premières opérations. Lors d’un exposé au Conseil de sécurité, son représentant avait toutefois présenté cette action comme le début d’un déploiement progressif. Les patrouilles et les interventions menées dans certains secteurs ne constituent pas encore une réponse à l’échelle de l’insécurité qui frappe le pays.
Après le vote, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU a avancé le chiffre de plus de 1 500 personnels présents sur le terrain et annoncé l’arrivée de 4 000 autres dans les prochains mois. Ces effectifs futurs restent une prévision attribuée à Washington, et non un déploiement déjà réalisé. Le Royaume-Uni, qui a voté pour la prolongation, insiste lui aussi sur la nécessité de permettre à la force de se déployer pleinement.
La question centrale porte donc sur le calendrier réel des renforts, leur équipement et la capacité de la FRG à maintenir une présence après ses opérations. Six mois supplémentaires peuvent consolider une mission en construction. Leur portée dépendra des contributions effectivement mobilisées et de la coordination avec les autorités haïtiennes.
La sécurité des habitants comme mesure des résultats
Le renouvellement intervient alors que les violences dépassent la seule capitale. Dans l’Artibonite, une attaque de gangs signalée le lundi 28 septembre a fait au moins onze morts selon le maire local, après une opération menée contre des hommes armés. Le bilan et les circonstances complètes demandaient encore à être établis. Cet épisode rappelle le risque de représailles contre les habitants lorsque des groupes armés conservent la capacité de revenir dans les zones visées.
La réussite de la FRG ne pourra ainsi se mesurer uniquement au nombre de patrouilles ou d’affrontements. Elle devra aussi se lire dans la protection durable des civils, la circulation sur les routes, l’accès des secours et la possibilité pour les familles déplacées de rentrer sans s’exposer à de nouvelles violences. Le contrôle des opérations et le respect des droits humains font partie de cette exigence. Londres indique avoir contribué au mécanisme chargé de suivre la conformité de la force en la matière.
Six mois pour produire des effets durables
La prolongation préserve le cadre international de la mission au moment où son déploiement doit encore monter en puissance. Elle ne règle toutefois pas, par un vote, les difficultés de la police haïtienne, la circulation des armes ou les besoins humanitaires. Lors des échanges au Conseil, les responsables de la FRG et de l’ONU ont eux-mêmes souligné que les opérations de sécurité devaient s’inscrire dans un effort plus large de renforcement des institutions.
D’ici au 31 mars 2027, la question sera moins de savoir si la force possède un mandat que de constater ce qu’elle aura pu changer pour les habitants. La résolution accorde un délai supplémentaire ; le déploiement et la protection effective de la population en détermineront la valeur.
La Rédaction

