Éclairer une rue, une maison ou un espace public est devenu un geste ordinaire. Mais lorsque la lumière artificielle est trop intense, mal orientée ou maintenue inutilement toute la nuit, elle devient une pollution. Éclairage public, panneaux publicitaires, façades, commerces, sites industriels et installations sportives contribuent ainsi à modifier l’obscurité naturelle, parfois à plusieurs kilomètres de leur point d’émission.
Le phénomène progresse rapidement. Entre 2011 et 2022, une étude publiée dans Science à partir de plus de 51 000 observations du ciel a estimé que sa luminosité artificielle augmentait de 7 à 10 % par an dans la partie du spectre visible par l’être humain. Autrement dit, dans de nombreuses régions urbanisées, les étoiles deviennent progressivement plus difficiles à distinguer à l’œil nu.
Une pollution qui ne concerne pas seulement les étoiles
Le halo lumineux visible au-dessus des villes constitue l’une des manifestations les plus évidentes du phénomène. Mais la pollution lumineuse affecte également les écosystèmes. De nombreuses espèces utilisent l’alternance entre le jour et la nuit pour se déplacer, chasser, se reproduire ou migrer. L’éclairage nocturne peut perturber ces comportements, notamment chez les insectes, les oiseaux et les animaux nocturnes, et modifier certains équilibres entre espèces.
Chez l’être humain, la question est plus complexe. La lumière joue un rôle dans la régulation du rythme circadien et du sommeil. Plusieurs travaux ont établi des associations entre une exposition nocturne excessive et différents effets sanitaires, mais les chercheurs soulignent que les données concernant spécifiquement la lumière artificielle extérieure présentent encore des limites et ne permettent pas d’attribuer tous les effets observés à ce seul facteur.
L’arrivée massive des LED n’a pas automatiquement réglé le problème. Moins énergivores que les anciennes technologies, elles permettent d’éclairer davantage pour un coût inférieur. Mal utilisées, elles peuvent donc conduire à multiplier les points lumineux ou à augmenter leur puissance, annulant une partie des bénéfices attendus.
En Afrique, entre manque d’électricité et pollution lumineuse
L’Afrique reste beaucoup moins éclairée la nuit que l’Europe, l’Amérique du Nord ou certaines régions asiatiques. Une étude publiée en 2025 estime ainsi que seulement 3,52 % des routes rurales africaines étudiées sont éclairées. La proportion atteint 14,65 % en Afrique du Nord, contre seulement 1,28 % en Afrique centrale. Ces chiffres montrent surtout l’ampleur des inégalités d’infrastructures sur le continent.
C’est ici qu’apparaît un paradoxe. Dans certaines grandes villes africaines, les zones commerciales, grands axes, bâtiments et quartiers en développement produisent une lumière nocturne croissante. Mais parallèlement, une partie importante de la population reste privée d’un accès régulier à l’électricité et les coupures demeurent fréquentes dans de nombreux pays.
Les données de la Banque mondiale montrent que 71 % des entreprises interrogées en Afrique subsaharienne ont connu des coupures de courant. Les entreprises de la région subissent en moyenne 7,6 interruptions par mois, d’une durée moyenne de 1,9 heure, soit environ quatorze heures mensuelles sans électricité.
Le problème africain n’est donc pas simplement celui d’un excès de lumière. Il faut simultanément améliorer l’accès à l’électricité, rendre les réseaux plus fiables et éviter que l’urbanisation ne s’accompagne d’un éclairage inutile ou mal conçu.
Au Togo, éclairer mieux tout en renforçant le réseau
Le Togo illustre cette double nécessité. Selon la Banque mondiale, 61,1 % de la population avait accès à l’électricité en 2024. Dans le même temps, la fiabilité et l’extension du réseau restent des chantiers importants. La Compagnie énergie électrique du Togo publie régulièrement des programmes d’interruptions liées aux travaux sur le réseau. En 2026, elle a également engagé des procédures pour des travaux destinés à corriger des chutes de tension à Lomé et dans plusieurs villes de l’intérieur.
Dans ce contexte, lutter contre la pollution lumineuse ne signifie évidemment pas plonger les villes togolaises ou africaines dans l’obscurité. L’enjeu consiste plutôt à utiliser la lumière là où elle est nécessaire : luminaires dirigés vers le sol, puissance adaptée, réduction de l’éclairage dans les espaces inutilisés et extinction de certains dispositifs lorsqu’ils ne remplissent plus aucune fonction.
L’Afrique dispose encore de vastes territoires où l’obscurité naturelle et le ciel étoilé sont relativement préservés. À mesure que l’électrification et les villes progressent, elle peut encore éviter une partie des excès observés ailleurs. Le véritable défi sera donc d’apporter davantage d’électricité à ceux qui en manquent, tout en évitant de gaspiller cette énergie en éclairant inutilement le ciel.
La Rédaction

