Environ 190 migrants vénézuéliens ont été expulsés des États-Unis et rapatriés lundi soir à Caracas à bord de deux avions affrétés par le gouvernement de Nicolás Maduro. Ce retour, marqué par une forte présence policière et militaire, s’inscrit dans un contexte de relations tendues entre Washington et Caracas, malgré une volonté affichée de rapprochement.
Un rapatriement sous surveillance
Les deux avions de la compagnie vénézuélienne Conviasa ont atterri à l’aéroport de Maiquetia, au nord de la capitale. Sur le tarmac, certains passagers sont descendus les bras levés en signe de soulagement, tandis que d’autres, arrivés menottés, ont vu leurs entraves retirées avant de toucher le sol vénézuélien.
Le président Nicolás Maduro s’est félicité de cette opération, la qualifiant de « premier pas » vers une reprise du dialogue avec les États-Unis, qui ne reconnaissent pas sa légitimité depuis 2019. Il a réaffirmé son souhait de bâtir des relations basées sur le « respect et la compréhension ». Ce geste intervient après la visite d’un émissaire américain fin janvier et s’inscrit dans un climat de sanctions économiques et politiques imposées par Washington contre son régime.
Des expulsions sous le prisme de la sécurité
Parmi les personnes renvoyées figureraient des membres présumés du gang vénézuélien Tren de Aragua, une organisation criminelle transnationale que l’administration Trump a qualifiée de groupe terroriste. Le gouvernement vénézuélien assure avoir démantelé cette organisation, mais admet que ses chefs sont toujours en fuite. Il s’engage à mener des enquêtes rigoureuses sur les individus soupçonnés d’appartenir à ce réseau, tout en dénonçant un « discours malveillant » visant à stigmatiser l’ensemble des migrants vénézuéliens.
Le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, a précisé que chaque avion transportait 95 passagers, âgés de 20 à 30 ans. Toutefois, les journalistes présents à l’aéroport n’ont pas été autorisés à leur poser de questions.
Pressions américaines et restrictions migratoires
Cette expulsion massive s’inscrit dans la politique migratoire stricte de Donald Trump, réélu en 2024. Dès son retour à la Maison-Blanche, il a retiré le statut de protection temporaire dont bénéficiaient environ 600 000 Vénézuéliens, les exposant ainsi à l’expulsion. Washington insiste sur le fait qu’aucune concession n’a été accordée à Caracas en échange de cette coopération.
Lors de sa visite à Caracas, l’émissaire américain Richard Grenell a exigé que le Venezuela accepte le retour « inconditionnel » de ses citoyens expulsés et a négocié la libération de six ressortissants américains détenus dans le pays.
Par ailleurs, les sanctions économiques restent un levier de pression important. La semaine dernière, le gouvernement américain a saisi un avion appartenant à Caracas sur le tarmac de Saint-Domingue, provoquant la colère de Maduro, qui a dénoncé un « vol » orchestré par le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Une expulsion au cœur d’une politique anti-immigration
Dans son discours politique, Donald Trump continue de qualifier la migration latino-américaine d’« invasion », affirmant que ces flux migratoires mettent en péril la sécurité des États-Unis. Il a promis de mener la plus grande campagne d’expulsions de l’histoire du pays, malgré l’absence de preuves statistiques établissant un lien direct entre immigration et criminalité.
Ce premier vol de retour vers Caracas marque-t-il un tournant dans les relations entre les deux pays ? Si Maduro y voit un signe d’ouverture, Washington maintient pour l’instant une posture intransigeante sur la question vénézuélienne.
La Rédaction

