Les autorités guinéennes ont pris des mesures sans précédent en dissolvant 53 partis politiques et en plaçant deux des principales formations d’opposition sous observation, ce lundi. Cette décision intervient alors que le gouvernement de transition n’a toujours pas fixé de date pour les prochaines élections.
La dissolution de ces 53 partis et la surveillance de 54 autres pendant une période de trois mois marque un tournant significatif dans le paysage politique guinéen, qui avait vu l’instauration d’élections démocratiques en 2010 après des décennies de régimes autoritaires. Le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a justifié ces actions par le biais d’une évaluation entamée en juin, visant à « assainir l’échiquier politique ».
Les partis concernés par cette observation peuvent continuer à fonctionner normalement, mais ils doivent corriger les irrégularités signalées dans le rapport. Parmi ces formations se trouvent le Rassemblement du peuple guinéen, l’ancien parti du président Alpha Condé, et l’Union des forces démocratiques de Guinée, un autre poids lourd de l’opposition.
Les autorités ont précisé que les partis placés sous observation n’avaient pas respecté les délais pour tenir leur congrès et n’avaient pas soumis les relevés bancaires requis, entre autres.
La Guinée s’inscrit dans une tendance inquiétante en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays, tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ont connu des coups d’État militaires qui ont retardé le retour à un régime civil. En début d’année, la junte militaire du Burkina Faso a prolongé de cinq ans son mandat de transition.
Le colonel Mamadi Doumbouya, qui a pris le pouvoir en Guinée il y a trois ans après avoir renversé le président, a justifié son action par la nécessité de protéger le pays du chaos, accusant le gouvernement précédent de ne pas avoir respecté ses engagements. Toutefois, depuis son ascension, certains critiques estiment que ses actions ne sont pas fondamentalement différentes de celles de son prédécesseur. En février, il a dissous le gouvernement sans fournir d’explications, annonçant la formation d’un nouveau cabinet.
Mamadi Doumbouya a également rejeté les interventions de l’Occident et d’autres pays développés dans les affaires politiques africaines, affirmant que les Africains sont « fatigués par les catégorisations » qui cherchent à les enfermer dans des stéréotypes.
La Rédaction

