Alors que les rebelles prennent pied dans les villes stratégiques de l’est congolais, Amnesty dénonce des exactions qui pourraient constituer des crimes de guerre.
« Ils nous ont battus, enfermés, puis certains ont disparu… » Les témoignages recueillis par Amnesty International entre février et avril 2024 dressent un tableau glaçant de la situation dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un rapport publié fin mai, l’organisation de défense des droits humains accuse le groupe rebelle M23 d’avoir torturé, tué et fait disparaître de force des civils dans les villes récemment conquises de Goma et Bukavu, au Nord et au Sud-Kivu.
Détentions arbitraires et actes de torture
Les anciens détenus interrogés par Amnesty affirment avoir été arrêtés sans preuve, souvent accusés à tort de soutenir l’armée ou le gouvernement congolais. Aucun d’entre eux n’a été informé officiellement des raisons de sa détention. Certains parlent de cellules de fortune, de sévices répétés, de coups, de privations. D’autres évoquent des camarades de détention disparus du jour au lendemain, sans aucune explication.
Ces pratiques, dénonce Amnesty, violent le droit international humanitaire. Et l’ONG va plus loin : elles pourraient constituer des crimes de guerre.
La lente chute de l’est congolais
Le Mouvement du 23 mars, mieux connu sous le sigle M23, est l’un des quelque 100 groupes armés actifs dans la région instable de l’est de la RDC. Après des mois de montée en puissance, le groupe a pris Goma en janvier 2024, avant de s’emparer de Bukavu en février, consolidant ainsi un contrôle territorial inédit depuis plus d’une décennie.
Ce conflit récurrent dans les Kivus est alimenté par une guerre d’influences régionales, l’appétit pour les ressources minières et les lignes ethniques instrumentalisées. Le M23, principalement composé de Tutsis congolais, est soutenu selon l’ONU par le Rwanda, qui aurait déployé environ 4 000 soldats dans la zone.
Mugunga : le camp de la honte
Le 3 mai 2024, des bombes s’abattent sur le camp de déplacés de Mugunga, aux abords de Goma. Des huttes de fortune sont pulvérisées. Le bilan est incertain : 15 morts selon les humanitaires, 35 selon le gouvernement, auxquels s’ajoutent 37 blessés.
Le camp abritait des familles ayant fui la dernière offensive du M23. Pour Kinshasa et Washington, le groupe rebelle est responsable de l’attaque. Aucun démenti clair n’a été formulé à ce jour par le M23. Amnesty International, quant à elle, inscrit cet acte dans une dynamique de terreur ciblée contre les populations civiles.
Une marche sur Kinshasa ?
Les ambitions du M23 inquiètent. Le groupe affirme pouvoir marcher jusqu’à Kinshasa, la capitale congolaise située à 1 600 kilomètres. Cette provocation stratégique fait craindre une nouvelle escalade militaire dans un pays où plus de 7 millions de personnes sont déjà déplacées, dont 100 000 depuis le début de l’année.
Dans ce contexte, Amnesty International appelle à une enquête internationale indépendante, et exhorte la communauté internationale à ne pas détourner le regard. Les violences, les pillages, les morts et les exactions sont devenus un quotidien dans cette région sacrifiée.
La Rédaction

