Le Ghana est le troisième exportateur mondial de noix de cajou brutes, derrière la Côte d’Ivoire et le Cambodge. Pourtant, la majorité de sa production est expédiée à l’étranger sans transformation, privant le pays des bénéfices liés à la commercialisation de produits finis à plus forte valeur ajoutée.
Avec environ 300 000 producteurs, l’industrie de la noix de cajou représente une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles, notamment dans le nord du pays. Mais les agriculteurs, comme Nashiru Seydou, peinent à tirer profit de leur travail. Il vend un sac de 100 kg de noix brutes pour environ 50 dollars, tandis que les noix transformées peuvent atteindre jusqu’à 40 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux.
Un secteur freiné par le manque d’infrastructures
L’une des principales difficultés réside dans l’absence d’unités de transformation locales capables de rivaliser avec les grands acteurs asiatiques. Mildred Akotia, fondatrice d’Akwaaba Fine Foods, tente de développer l’activité de torréfaction et de conditionnement au Ghana. Son entreprise ne transforme que 25 tonnes par an, faute d’accès à des financements abordables.
« Les banques locales imposent des taux d’intérêt de 30 % sur les prêts. Avec un tel coût du crédit, il est pratiquement impossible de développer une entreprise de transformation », explique-t-elle. Résultat : moins de 20 % des noix de cajou produites au Ghana sont transformées sur place. La majorité est exportée vers l’Inde, la Thaïlande ou le Viêt Nam, avant de revenir parfois sur le marché ghanéen sous forme de produits finis vendus au même prix que ceux transformés localement.
Des tentatives de réforme infructueuses
En 2016, le gouvernement ghanéen a tenté d’interdire l’exportation de noix brutes afin de favoriser la transformation locale. Mais cette mesure a rapidement été abandonnée après une chute brutale des prix, qui a mis en difficulté les agriculteurs.
D’autres initiatives, comme l’augmentation des droits de douane sur les exportations ou la réglementation de l’achat direct auprès des producteurs, ont été envisagées. Mais selon l’analyste économique Bright Simons, ces politiques ne s’attaquent pas aux véritables défis du secteur.
« Il ne suffit pas d’imposer des restrictions. Il faut créer un marché local solide et inciter les consommateurs ghanéens à intégrer davantage les noix de cajou dans leur alimentation », affirme-t-il.
Une industrialisation freinée par de nombreux obstacles
Le professeur Daron Acemoglu, spécialiste des économies émergentes, souligne que la priorité doit être de faciliter l’accès des noix transformées aux marchés internationaux. « Les entreprises locales doivent composer avec des infrastructures défaillantes, une bureaucratie pesante et des coûts de transport élevés. L’État doit investir dans les routes et les réseaux ferroviaires pour réduire ces entraves », explique-t-il.
Toutefois, Bright Simons estime que le changement doit aussi venir des entrepreneurs eux-mêmes. Il pointe du doigt une fuite des talents due à un environnement économique peu favorable aux affaires. « Nous nous concentrons trop sur l’offre, alors que la clé réside dans la demande. Il faut encourager la consommation locale et renforcer la compétitivité des produits ghanéens à l’international », insiste-t-il.
Mildred Akotia, elle, refuse de céder au pessimisme. Elle envisage d’étendre ses capacités de production et de renforcer sa logistique pour mieux répondre aux commandes venant du Canada, des Émirats arabes unis et des États-Unis.
« Le marché est là, au Ghana comme à l’étranger. Mon objectif est de faire rayonner les produits alimentaires transformés du pays », affirme-t-elle. Reste à voir si le Ghana parviendra à relever ce défi et à transformer son industrie de la noix de cajou en un véritable moteur économique.
La Rédaction

