À la mi-septembre, à Saint-Pétersbourg, la Russie a inauguré la « Ligue internationale des anti-mondialistes », une coalition présentée comme un réseau d’opposants à l’ordre mondial occidental. Derrière cette façade idéologique, se profile pourtant un projet de propagande orchestré par le Kremlin, qui cherche à fédérer les mouvances d’extrême droite du monde entier autour de sa vision d’un monde “multipolaire”.
Une tribune mondiale pour l’extrême droite
La rencontre, tenue dans l’ancienne capitale impériale, a réuni des figures controversées : des théoriciens politiques proches du pouvoir russe, parfois surnommés « les cerveaux de Poutine », mais aussi des membres de partis d’extrême droite européens, notamment de l’AfD allemande.
L’objectif affiché est de créer une plateforme internationale capable de s’opposer aux politiques libérales et progressistes défendues par les institutions occidentales — l’Union européenne, les États-Unis ou encore l’OTAN.
Mais derrière le discours sur la “souveraineté des peuples” se cache une stratégie d’influence claire : étendre l’aura idéologique de Moscou auprès de groupes nationalistes étrangers, en utilisant les frustrations sociales et identitaires comme levier politique.
L’Afrique du Sud, un représentant inattendu
C’est dans ce décor que Francois van der Merwe, directeur du mouvement sud-africain Bittereinders, est apparu sur la scène. Cette organisation, ouvertement nationaliste, milite pour la “prospérité et la survie de la nation boer-afrikaans sous toutes ses formes”. Son logo reprend les couleurs du vieux drapeau de l’apartheid, symbole lourdement chargé d’histoire et de division.
Face aux critiques, Van der Merwe a minimisé la portée de l’événement :
“Les gens ne doivent pas avoir si peur, c’est juste un groupe de personnes réunies pour une bonne cause”, a-t-il déclaré au Friday Paper.
Pourtant, sa présence souligne une réalité préoccupante : l’infiltration de l’extrême droite sud-africaine dans les réseaux géopolitiques russes, à un moment où le pays tente encore de trouver son équilibre entre diplomatie panafricaine et héritage colonial.
Un miroir idéologique entre Moscou et Pretoria
Ce rapprochement symbolique révèle une tendance mondiale : la renaissance des discours identitaires et souverainistes, souvent recyclés sous des formes nouvelles. Pour le Kremlin, ces alliances servent à affaiblir les démocraties libérales et à accroître son influence dans le Sud global, notamment en Afrique.
Pour une partie de l’extrême droite sud-africaine, la Russie apparaît désormais comme un modèle de puissance conservatrice, capable de défier l’Occident tout en valorisant les “racines nationales”.
Ce jeu d’alliances idéologiques, sous couvert d’anti-mondialisme, risque pourtant d’ouvrir un nouveau chapitre de tensions politiques et culturelles, où le nationalisme devient un instrument de guerre d’influence.
La Rédaction

