Selon une enquête de la BBC, des sites de distribution d’aide alimentaire à Gaza sont placés sous la surveillance de motards américains connus pour leurs positions anti-islamiques. Ces hommes, membres du Infidels Motorcycle Club, travaillent pour UG Solutions, une entreprise privée chargée de la sécurité de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). Là où des centaines de civils viennent chercher de la nourriture, le chaos et la violence sont devenus monnaie courante.
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Des motards aux symboles controversés
Fondé en 2006 par des vétérans de la guerre en Irak, le Infidels Motorcycle Club se décrit comme une « croisée moderne ». Ses membres affichent des tatouages, des slogans et des événements provocateurs. En 2020, le club a notamment organisé un rôti de porc en plein Ramadan et publié des messages ouvertement islamophobes sur les réseaux sociaux.
Johnny « Taz » Mulford, ancien sergent de l’armée américaine et chef du gang, supervise aujourd’hui les opérations à Gaza. À ses côtés, Larry « J-Rod » Jarrett, Bill « Saint » Siebe et Richard « A-Tracker » Lofton occupent des postes clés.
UG Solutions : une sécurité controversée
UG Solutions assure que chaque employé fait l’objet d’une vérification approfondie. Pourtant, plusieurs membres ont des antécédents judiciaires, notamment pour conduite en état d’ivresse et corruption. Selon un ancien entrepreneur, au moins 40 des 320 personnes déployées sur le terrain à Gaza proviennent du Infidels MC.
Des photos publiées sur les réseaux sociaux montrent des slogans provocateurs comme « Make Gaza Great Again » ou « Embrassez la violence », renforçant l’image inquiétante de cette sécurité privée.
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Sur le terrain : chaos et danger
Depuis mai 2025, les sites de distribution d’aide sont le théâtre de scènes de chaos. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) rapporte que jusqu’au 2 septembre, 1 135 civils ont été tués près des sites, tandis que les forces israéliennes étaient impliquées dans la majorité des incidents. Des tirs de sommation ont été utilisés par UG Solutions pour disperser les foules, selon des témoignages d’anciens sous-traitants.
Edward Ahmed Mitchell, directeur adjoint du CAIR, dénonce la situation : « Déléguer la sécurité de l’aide humanitaire à ce gang, c’est comme confier l’acheminement de l’aide au Ku Klux Klan. C’est totalement absurde. »
L’implication de groupes extrémistes dans l’aide humanitaire à Gaza pose des questions éthiques et sécuritaires majeures. Alors que des milliers de civils dépendent de cette aide, il est urgent de garantir que la sécurité ne transforme pas l’assistance en danger supplémentaire. Les pratiques de recrutement et de supervision sur le terrain doivent être réévaluées, pour que l’aide alimentaire reste un geste d’humanité et non une zone de conflit.
La Rédaction
Source : BBC News, enquête de Andy Verity, Tom Beal et Will Dahlgreen, publiée le 10 septembre 2025.

