À La Haye, les chefs d’État des 32 pays membres de l’OTAN ont approuvé ce mercredi 25 juin une augmentation sans précédent des dépenses de défense. À l’initiative de Donald Trump, les Alliés visent désormais 5 % du PIB d’ici 2035. Un tournant stratégique, entre pressions américaines, inquiétudes européennes et nouveau cap militaro-économique.
Une alliance en quête de muscle
Réunis à La Haye pour un sommet crucial, les pays de l’OTAN ont entériné une feuille de route ambitieuse : porter les dépenses de défense collective à 5 % du PIB national d’ici 2035, avec un premier seuil à 3,5 % pour les capacités militaires et 1,5 % pour les infrastructures stratégiques, la cybersécurité et la résilience. Cette décision est portée par un objectif de « refonte globale de la dissuasion occidentale face aux menaces hybrides », selon les termes du secrétaire général Mark Rutte.
Un mécanisme de revue intermédiaire en 2029 permettra d’ajuster les engagements. L’accord prévoit des exceptions temporaires pour des États comme l’Espagne, la Slovaquie ou la Belgique, encore loin des 2 % précédemment requis.
Trump, pression maximale puis geste d’apaisement
Dès son arrivée, Donald Trump a imposé son tempo. Déjà critique en 2018 envers les pays qui ne contribuaient pas assez, l’ancien président — désormais candidat à la présidentielle américaine — a exigé que le seuil de contribution passe de 2 % à 5 % du PIB. Ce durcissement a d’abord suscité la consternation, d’autant qu’il avait semé le doute sur l’engagement américain envers l’article 5 de la charte de l’OTAN, qui garantit la solidarité militaire en cas d’attaque.
Mais face à la pression diplomatique et médiatique, Trump a rectifié le tir :
« Nous sommes pleinement engagés envers nos alliés. L’article 5 est intact. L’Amérique sera toujours là », a-t-il déclaré, entouré de ses homologues.
Il a salué l’accord comme une « énorme victoire pour l’Alliance », tout en se félicitant que les Européens « prennent enfin leurs responsabilités au sérieux ».
Entre adhésions enthousiastes et réserves prudentes
La déclaration finale a été signée par tous les membres. Pour les pays baltes, la Pologne ou la Finlande, en première ligne face à la Russie, l’accord est perçu comme une avancée vitale. À Varsovie, le ministre de la Défense a salué « le leadership de Trump » et « le réveil européen face à la menace russe ».
En revanche, certains États comme l’Allemagne ou la France ont émis des inquiétudes. Emmanuel Macron a prévenu qu’une telle hausse doit s’accompagner d’un équilibre avec les politiques sociales et climatiques :
« La sécurité collective ne peut se faire au détriment de la cohésion intérieure. »
Le président français a également averti que « l’Europe ne peut pas se contenter d’être le bras armé d’une volonté étrangère », soulignant la nécessité de maintenir une autonomie stratégique européenne.
Une armée de l’OTAN plus « létale »
Mark Rutte, ancien Premier ministre néerlandais récemment nommé secrétaire général, a salué une OTAN « plus forte, plus juste et plus létale ». Selon lui, cette augmentation des budgets permettra d’investir dans les drones autonomes, les systèmes anti-hypersoniques et l’armement spatial. Il a également insisté sur l’importance de renforcer les chaînes logistiques et les capacités industrielles en Europe, actuellement très dépendantes des États-Unis.
Un virage stratégique majeur
Cet accord marque un tournant historique pour l’OTAN. En repoussant les limites budgétaires fixées depuis la guerre froide, l’Alliance se prépare à un monde plus instable, où la dissuasion militaire devient à nouveau centrale. L’équilibre subtil entre fermeté transatlantique et souveraineté européenne reste cependant fragile.
Le sommet de La Haye ne règle pas les tensions, mais il redéfinit les rapports de force. Trump y apparaît à la fois comme un perturbateur et un stratège, imposant sa vision à une Europe divisée mais contrainte de suivre. Pour l’heure, l’OTAN se réarme — dans tous les sens du terme.
La Rédaction

