L’armée israélienne a franchi un nouveau seuil dans son offensive à Gaza. Samedi 12 avril, le ministre de la Défense Israel Katz a annoncé que Tsahal avait pris le contrôle du “corridor de Morag”, un axe stratégique dans le sud de la bande de Gaza, séparant Rafah de Khan Younès. Cette avancée complète désormais l’encerclement total de Rafah, dernière grande ville de Gaza encore relativement épargnée par les incursions terrestres massives.
Une nouvelle “zone de sécurité” israélienne
Selon les médias israéliens Ha’Aretz et Yediot Aharonot, le corridor de Morag vient s’ajouter au “corridor de Philadelphie”, déjà tombé sous contrôle israélien en mai 2024. Ensemble, ces zones constituent une ceinture militaire qui coupe Gaza de la frontière égyptienne et englobe près de 20 % du territoire total de l’enclave palestinienne. L’armée israélienne justifie cette expansion comme une nécessité sécuritaire, transformant de facto Rafah en zone tampon israélienne.
Jusqu’à présent, les zones tampons israéliennes évitaient d’inclure des centres urbains majeurs. Ce changement de stratégie marque une étape supplémentaire dans la volonté du gouvernement de Benjamin Nétanyahou de redessiner le sud de Gaza, en expulsant massivement la population civile.
Déplacements forcés et discours d’annexion
Les appels d’Israel Katz aux habitants de Rafah sont sans ambiguïté : “Nous travaillons à rendre cela possible pour vous selon le plan mis en avant par le président américain Donald Trump.” Le ministre exhorte les Palestiniens à fuir la ville “avant l’intensification des opérations”. En toile de fond, les propos répétés de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier : il envisage Gaza comme une future “Riviera du Moyen-Orient”, excluant tout droit au retour pour les populations déplacées.
Une guerre contre la géographie
Avec cette offensive, Israël semble mener une guerre aussi contre la cartographie : le remodelage physique de Gaza par la création de zones militaires permanentes pourrait annoncer une annexion de fait. Les habitants, eux, se retrouvent de nouveau piégés entre la guerre et l’exil, pris dans un engrenage d’évacuations successives. L’encerclement de Rafah s’apparente ainsi moins à une opération ponctuelle qu’à un basculement stratégique dans la guerre à Gaza un basculement aux conséquences régionales potentiellement explosives.
La Rédaction

