Alors que la bande de Gaza s’enfonce dans la famine, l’armée israélienne a partiellement repris la distribution de l’aide humanitaire. Mais cette reprise reste sous haute surveillance, insuffisante, et loin de répondre à l’ampleur de la catastrophe.
L’enfer quotidien d’un peuple affamé
Dans les ruines de Gaza, l’urgence n’est plus seulement aux bombes, mais à la survie. Plus de 470 000 personnes vivent dans des conditions de famine avérée, selon les dernières estimations des Nations unies. Chaque jour, des enfants meurent de malnutrition, et des milliers d’habitants risquent leur vie simplement pour accéder à un sac de farine. L’eau potable manque, les hôpitaux s’effondrent, et les files d’attente pour un repas sont devenues des zones de mort.
Dans ce contexte, l’annonce de la reprise partielle de l’aide humanitaire par Tsahal aurait pu être une lueur. Elle n’est, pour l’instant, qu’un mirage contrôlé.
Une aide reprise, mais encadrée par l’armée
Depuis quelques jours, Tsahal affirme autoriser de nouveau l’acheminement de camions humanitaires, l’organisation de largages aériens de vivres, et l’ouverture de “pauses humanitaires quotidiennes”de 10 heures dans certaines zones comme Deir al-Balah ou Muwasi. Cette stratégie vise officiellement à faciliter la distribution de vivres, médicaments et produits de première nécessité.
En parallèle, un système centralisé de distribution baptisé Gaza Humanitarian Foundation (GHF), soutenu par Israël et les États-Unis, a été mis en place. Il repose sur des centres sécurisés, surveillés par des sous-traitants privés et parfois l’armée elle-même.
Mais cette organisation militarisée de l’aide ne convainc pas les grandes agences humanitaires.
L’ONU et les ONG dénoncent une instrumentalisation
Plusieurs organisations, dont le Programme alimentaire mondial (PAM) et Médecins Sans Frontières, ont dénoncé un “système d’aide humanitaire non neutre, inefficace et dangereux”. Elles refusent d’y participer, soulignant que l’ingérence militaire empêche une distribution juste et libre.
Sur le terrain, les conséquences sont tragiques : plus de 1 000 civils auraient été tués ou blessés autour de ces centres, souvent lors de bousculades, parfois sous les balles. Le manque de coordination, l’absence de sécurité, et la désorganisation rendent ces distributions aussi mortelles que nécessaires.
Une aide loin d’être suffisante
Malgré les annonces de Tsahal, moins de la moitié des besoins alimentaires quotidiens sont couverts. Le seuil minimum recommandé de 2 100 kilocalories par jour n’est pas atteint pour la majorité de la population. Les aliments thérapeutiques pour enfants (RUTF) sont en rupture imminente. Et 40 000 nourrissons sont actuellement menacés de mort par malnutrition, selon les autorités sanitaires locales.
L’acheminement de l’aide reste entravé : sur les 500 à 600 camions requis chaque jour, moins de 200réussissent à entrer dans la bande de Gaza.
Une reprise militaire qui ne peut remplacer un accès libre
Pour les humanitaires, une évidence s’impose : la reprise de l’aide humanitaire sous encadrement militaire ne peut remplacer un accès libre, sécurisé et civil. Le droit humanitaire international repose sur l’indépendance des secours et la neutralité des intervenants. En militarisant les circuits d’aide, Israël viole ce principe fondamental, affaiblit la confiance, et compromet l’efficacité des secours.
L’appel des humanitaires
Face à cette crise sans précédent, les organisations internationales réclament la levée totale du blocus humanitaire, l’ouverture immédiate de tous les points de passage, et un cessez-le-feu durable permettant aux ONG de déployer une aide massive, libre et sans ingérence.
« Il ne s’agit pas d’un conflit de chiffres ou de stratégie, mais de vies humaines, de familles entières qui meurent de faim dans l’indifférence », résume un responsable du Croissant-Rouge.
La reprise partielle de l’aide humanitaire par Tsahal est un effort minimal dans un désastre maximal. Elle n’arrête pas la faim. Elle ne protège pas les civils. Et surtout, elle ne répond pas à l’exigence fondamentale de neutralité que réclame toute véritable action humanitaire. Gaza meurt à huis clos, et l’aide, aussi bienveillante soit-elle, ne peut être efficace sous contrôle militaire.
La Rédaction

