Entre la baisse des recettes pétrolières, la suspension des financements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD), et des restrictions monétaires, le Gabon aborde 2025 dans un climat d’incertitude budgétaire inquiétant.
Le poids des dettes impayées
En ce début d’année, la Banque mondiale a suspendu ses financements au Gabon en raison d’arriérés de paiement s’élevant à 17 milliards de FCFA (environ 27 millions de dollars). Il s’agit de la deuxième suspension en six mois, après une situation similaire en juillet 2024. Ces retards témoignent des difficultés structurelles des finances publiques gabonaises.
Le ministre du Budget a attribué cette situation à trois facteurs majeurs : une mobilisation insuffisante des ressources prévues, des mesures sociales coûteuses pour répondre aux attentes des populations, et des investissements stratégiques jugés nécessaires. Cependant, cette justification peine à masquer l’impact d’une gestion financière en crise.
Une capacité d’emprunt fragilisée
Le Gabon fait face à un sérieux défi pour financer son budget 2025, qui s’élève à 4 204,9 milliards de FCFA, dont 1 204,8 milliards doivent provenir de dettes. Cependant, la suspension des financements par des institutions comme la Banque mondiale, le FMI et potentiellement la BAD réduit considérablement les options.
Sur le plan international, Libreville doit rembourser une tranche de son eurobond de 605 millions de dollars, alors que ses réserves de change sont faibles. En interne, les conditions d’emprunt se sont aussi durcies. La Banque centrale des États d’Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) imposent désormais des restrictions accrues, limitant l’accès du Gabon au crédit local.
Une hausse des dépenses qui complique la donne
Le gouvernement a annoncé une augmentation des dépenses pour 2025, notamment un budget d’investissement public de 592,6 milliards de FCFA, en hausse de près de 100 milliards. Des projets dans les infrastructures, la santé et l’éducation sont prioritaires. Cependant, une grande part des recettes (82,2 %) est déjà absorbée par les salaires des fonctionnaires et le remboursement de la dette.
Les charges de la dette, en particulier, continuent de grimper. La révélation de sous-déclarations d’emprunts par l’administration précédente aggrave le fardeau. Malgré ces engagements, le Gabon peine à respecter ses promesses sociales, un enjeu crucial à l’approche de l’élection présidentielle de cette année.
Mark Doumba, un espoir pour redresser la barre
Face à ces défis, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a confié à Mark Doumba, nouvellement nommé ministre de l’Économie, la mission de stabiliser les finances publiques. Diplômé d’établissements prestigieux tels que Harvard et la London School of Economics, il devra naviguer dans des eaux financières troubles pour rétablir la confiance des bailleurs et des investisseurs.
Pour le Gabon, 2025 s’annonce comme une année charnière où des choix stratégiques devront être faits afin de surmonter une crise budgétaire aux ramifications profondes.
La Rédaction

