Le Ghana amorce un tournant stratégique dans la gestion de ses ressources clés. À Addis-Abeba, en marge de la 39e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine, le président John Dramani Mahama a annoncé la fin du recours aux financements extérieurs pour les achats nationaux de cacao. Une décision qui marque une volonté affirmée de souveraineté économique.
Fin des garanties sur les fèves de cacao
Intervenant lors d’un événement parallèle organisé dans la capitale éthiopienne, le chef de l’État a assuré que le pays dispose désormais de ressources suffisantes pour assurer lui-même le préfinancement de la campagne cacaoyère. Concrètement, il ne sera plus nécessaire d’utiliser les fèves comme garanties auprès d’institutions financières étrangères.
Cette pratique, courante depuis des années, permettait d’obtenir des liquidités en amont des exportations, mais elle réduisait mécaniquement les volumes disponibles pour les transformateurs locaux. En y mettant un terme, Accra entend redonner de la marge à son industrie nationale et renforcer la chaîne de valeur sur son propre territoire.
Le président a également rappelé que les producteurs perçoivent actuellement 70 % du prix du marché mondial, dans un contexte de fortes tensions sur le secteur cacaoyer. Le pays dispose d’une capacité de transformation estimée à environ 400 000 tonnes, un potentiel encore sous-exploité en raison des engagements liés aux financements extérieurs.
Cap sur la transformation des minerais d’ici 2030
Au-delà du cacao, l’exécutif ghanéen affiche une ambition plus large : mettre fin à l’exportation de minerais bruts d’ici 2030. L’objectif est clair : transformer localement l’or, la bauxite et les autres ressources minières afin de créer davantage de valeur ajoutée, stimuler l’industrialisation et générer des emplois qualifiés.
Cette double orientation — autonomie financière pour le cacao et transformation locale des minerais — s’inscrit dans une stratégie de rupture avec les modèles extractifs classiques. Elle vise à repositionner le Ghana comme un acteur industriel régional plutôt qu’un simple fournisseur de matières premières.
Si ces annonces traduisent une volonté politique forte, leur mise en œuvre dépendra toutefois de la capacité du pays à mobiliser durablement des financements internes, à moderniser ses infrastructures et à sécuriser un environnement industriel compétitif.
La Rédaction

