L’armée française poursuit sa transformation en Afrique. À Libreville, la base militaire de Gaulle, symbole de la présence militaire française au Gabon depuis 1975, évolue en un “camp partagé” dédié à la formation des forces gabonaises. Une mutation qui reflète la volonté du gouvernement de Brice Oligui Nguema d’affirmer une souveraineté militaire tout en conservant une coopération stratégique avec Paris.
Un repositionnement stratégique
Autrefois bastion du 6e Bataillon d’infanterie de marine (6e BIMa), le site a changé de vocation. Avec la réduction drastique des effectifs français – passés de 1 200 à 200 militaires en une décennie –, le camp se concentre désormais sur la formation. L’inscription “Académie militaire” remplace l’ancienne désignation, signe d’une refonte en profondeur.
Le camp accueille désormais deux institutions gabonaises majeures :
• L’École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL), inaugurée récemment, qui remplace l’école de Koulikoro au Mali, fermée après le départ des troupes françaises. Elle forme aujourd’hui des militaires de 13 pays africains.
• L’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (APERN), dédiée à la lutte contre le braconnage et l’orpaillage illégal.
“Il n’y aura plus de chars ni de blindés français ici, mais des instructeurs”, a affirmé le président Oligui sur RFI, soulignant son ambition de faire du site un “pôle de formation sous-régional”.
Un partenariat militaire en équilibre
Sur le terrain, des instructeurs français poursuivent la transmission de leur savoir-faire. Le sergent Honoarii, venu de Carcassonne, perfectionne l’art du tir de mortier des parachutistes gabonais. Le chef Tony, vétéran des opérations extérieures, dispense un module sur le combat urbain, une compétence jugée cruciale par l’armée gabonaise.
“Tout le panel de savoir-faire des armées françaises peut être déplacé ici”, explique le Colonel Bertrand Jacqmin, qui voit cette coopération comme un modèle adapté aux enjeux sécuritaires africains.
Le Colonel Éric Ivala, commandant de l’EAFDL, insiste sur l’avantage stratégique d’un tel partenariat pour le Gabon : “Cette coopération militaire diversifiée renforce nos capacités nationales”.
Un avenir incertain pour la présence militaire française
Ce repositionnement intervient dans un contexte où Paris a vu son influence militaire s’effriter en Afrique : après le départ forcé des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad, la Côte d’Ivoire et le Sénégal préparent aussi un retrait progressif.
Le Gabon fait figure d’exception. Pour l’instant, le partenariat de défense signé après le putsch d’août 2023 a été reconduit pour deux ans, avec une nouvelle évaluation après la présidentielle d’avril.
Mais l’incertitude plane. “Nous souhaitons rester le plus longtemps possible”, confie le Commissaire Lieutenant-colonel Kamel, tout en reconnaissant que “l’avenir du camp De Gaulle est une décision gabonaise”.
Le président Oligui, tout en assurant que “les Français sont les bienvenus”, ouvre la porte à d’autres partenariats, y compris avec la Russie. Un changement symbolique est déjà annoncé : “Nous allons trouver un nom gabonais pour rebaptiser le camp de Gaulle”.
La Rédaction

