Le départ d’Ali Bongo a rouvert les canaux diplomatiques entre Paris et Libreville. Mais ce partenariat, jadis emblématique de la Françafrique, doit désormais composer avec un Gabon plus autonome, résolu à diversifier ses alliances.
Il n’existe pas de tunnel secret entre le palais présidentiel de Libreville et le camp De Gaulle, malgré la persistance de cette rumeur. Pourtant, l’image résume bien l’empreinte historique laissée par la France au Gabon, jadis pilier de son influence africaine. Avec la chute d’Ali Bongo en 2023, Paris a retrouvé une fenêtre diplomatique, mais cette fois dans un contexte radicalement différent. Le Gabon post-Bongo ne veut plus être un vassal. Il veut choisir.
Le pari de la transition
Depuis son arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’État, Brice Oligui Nguema s’est tourné vers Paris pour gagner en visibilité et légitimité. Quatre visites à l’Élysée, une présence remarquée lors des commémorations du 80e anniversaire du débarquement de Provence : le président de la transition multiplie les gestes en direction de la France. Paris, de son côté, y voit une chance de préserver des positions qui s’érodent ailleurs sur le continent.
Mais la donne a changé. Oligui Nguema n’est ni Omar ni Ali Bongo. Il incarne une rupture, une ouverture vers d’autres partenaires, et une volonté de rééquilibrer les influences étrangères. Ce réalisme diplomatique sert à la fois ses ambitions nationales et son image internationale.
Quand les opposants deviennent partenaires
L’ancien réseau françafricain ne fonctionne plus. La France a dû revoir ses canaux. Pendant le règne d’Ali Bongo, elle s’était rapprochée de la société civile et de certains opposants historiques. Ironie de l’histoire : ce sont ces figures autrefois critiques qui tiennent aujourd’hui des postes clés dans l’administration de transition.
Marc Ona Essangui, militant écologiste, est désormais vice-président du Sénat. Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, ancien opposant de l’Union nationale, dirige la dette publique. Même Anges Kévin Nzigou, avocat très critique du régime Bongo, a rejoint les rangs du pouvoir. Et, selon plusieurs sources diplomatiques, l’ambassade de France n’est pas étrangère à ces rapprochements.
Cette stratégie d’accompagnement pragmatique marque un tournant. Elle illustre aussi la capacité française à s’adapter, quitte à rompre avec ses anciens réflexes.
Intérêts économiques : la fin des passe-droits
La France n’a plus le monopole économique au Gabon. Si les liens restent solides, la marge de manœuvre s’est réduite. En 2023, Libreville a bloqué la tentative de rachat d’Assala Energy par Maurel & Prom, au nom de la souveraineté économique. Colas, géant du BTP, a envisagé de quitter le pays. Les entreprises françaises n’échappent plus aux règles du jeu : elles doivent désormais convaincre.
Coopération militaire : le format se transforme
Le Gabon abrite encore une des dernières bases militaires françaises en Afrique. Mais les effectifs fondent. D’ici juillet 2025, seuls 100 soldats français seront présents à Libreville, contre plus de 1 000 il y a dix ans. La coopération se veut plus discrète, plus technique. La co-finance de l’École d’administration des forces de défense remplace les anciennes missions opérationnelles. Mais là encore, Libreville regarde ailleurs, notamment vers Washington.
Une relation en recomposition
Le partenariat France-Gabon n’est plus une évidence. Il est en recomposition. Plus égalitaire, plus stratégique, moins affectif. Pour Paris, le Gabon n’est plus un bastion, mais un allié à convaincre. Pour Libreville, la France est un partenaire historique parmi d’autres.
Le défi pour les deux capitales : faire vivre ce lien dans un monde post-Françafrique, où l’influence ne se décrète plus, mais se mérite.
La Redaction

