Former ne suffit plus. Encore faut-il savoir si les compétences enseignées correspondent aux métiers recherchés et ce que deviennent réellement les diplômés une fois sortis des centres. C’est autour de cette équation que le Togo cherche à faire évoluer son enseignement technique et sa formation professionnelle, en rapprochant davantage entreprises, établissements et suivi de l’insertion.
Depuis lundi 21 septembre, une cinquantaine d’acteurs de six pays sont réunis à Lomé autour de « l’ETFP dual à l’ère du numérique ». Les travaux, qui doivent s’achever jeudi 24 septembre, portent notamment sur trois chantiers togolais : renforcer la place des entreprises dans la formation, mieux suivre le devenir professionnel des diplômés et intégrer le numérique ainsi que l’intelligence artificielle dans les apprentissages.
Derrière ces trois orientations apparaît une même question : comment juger une formation professionnelle autrement que par le nombre de jeunes qu’elle diplôme ?
Faire entrer davantage l’entreprise dans la formation
Le premier changement recherché concerne la relation entre centres de formation et secteur privé. L’entreprise ne serait plus seulement consultée sur les programmes : elle participerait davantage à la construction des parcours et à l’apprentissage lui-même.
L’objectif avancé est notamment d’associer chaque filière à une entreprise marraine. Un guide d’engagement du secteur privé est actuellement travaillé à Lomé afin de définir plus précisément les responsabilités et les modalités de cette coopération.
L’enjeu est important. Une formation peut être techniquement solide tout en produisant des compétences devenues moins recherchées, tandis que les entreprises peinent à recruter sur de nouveaux métiers. Le modèle dual tente précisément de réduire cette distance en faisant alterner apprentissage en établissement et expérience dans le monde professionnel.
Suivre les diplômés pour savoir si la formation fonctionne
Le deuxième chantier change la manière d’évaluer le système. Plutôt que de s’arrêter à l’obtention du diplôme, le Togo veut davantage observer ce qui se passe ensuite : délai d’accès à l’emploi, secteur d’activité, adéquation entre poste occupé et formation reçue, mais aussi satisfaction des employeurs.
Le pays dispose pour cela d’InserJeune, un outil développé avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie et de l’IFEF. Expérimenté au Togo dès 2022 dans vingt établissements, il permet de suivre le parcours des diplômés et de recueillir l’appréciation des entreprises sur leurs compétences.
Cette information peut devenir un instrument de pilotage. Si une filière forme beaucoup mais insère peu, ou si les employeurs signalent régulièrement certaines lacunes, les données peuvent servir à réviser les programmes plutôt qu’à reproduire les mêmes formations d’une promotion à l’autre.
Préparer les métiers pendant qu’ils se transforment
Le troisième chantier ajoute une difficulté : le marché du travail que les centres cherchent à rejoindre évolue lui-même rapidement. Numérisation, automatisation et intelligence artificielle modifient certaines tâches et font émerger de nouvelles compétences.
Le Togo a élaboré une politique d’intégration de l’intelligence artificielle dans l’ETFP qui fait partie des documents examinés pendant l’atelier de Lomé. Les travaux doivent contribuer à l’enrichir avant sa finalisation.
Ces trois chantiers finissent ainsi par se rejoindre. L’entreprise renseigne sur les compétences dont elle a besoin, le suivi des diplômés mesure si la formation conduit effectivement vers l’emploi, et l’anticipation technologique oblige à actualiser régulièrement les contenus.
La modernisation de l’ETFP se jouera donc moins dans l’affichage de nouvelles filières que dans cette boucle entre formation et économie réelle. Pour le Togo, le véritable indicateur ne sera plus seulement de savoir combien de jeunes obtiennent un diplôme, mais combien parviennent ensuite à transformer les compétences acquises en activité professionnelle.
La Rédaction

