Golfe 7 vient de se doter d’un plan de développement communal de plus de 2 milliards de FCFA pour la période 2026-2030. Derrière cette programmation se pose une question qui dépasse largement les frontières de cette commune : dans une agglomération où les territoires sont étroitement imbriqués, toutes les collectivités disposent-elles des mêmes capacités pour financer leur développement ?
Le cas de Golfe 7 permet de mesurer l’enjeu. Soutenu dans l’élaboration de son PDC par l’Union européenne, ce territoire de 43 km² et 257 813 habitants prévoit d’agir simultanément sur l’éducation, la santé, l’eau potable, l’aménagement urbain, le foncier, la résilience climatique, la gouvernance et le développement économique.
Ces priorités répondent à des besoins locaux. Mais elles ressemblent aussi fortement à ceux auxquels sont confrontées les autres communes du Grand Lomé. C’est précisément là que la question du financement devient déterminante.
Des ambitions locales, des capacités financières différentes
Golfe 7 prévoit de financer 39 % de son plan sur ses ressources propres et 18 % grâce à une contribution de l’État via le Fonds d’appui aux collectivités territoriales. Le solde, soit 43 %, doit donc provenir des partenaires techniques et financiers.
Cette architecture illustre l’un des défis de la décentralisation. Donner davantage de responsabilités aux communes leur permet d’adapter leurs investissements aux réalités de leur territoire. Mais leur capacité à concrétiser ces choix dépend également de leurs recettes, de leur administration et de leur aptitude à mobiliser des financements extérieurs.
Or ces ressources ne sont pas nécessairement réparties de manière homogène. Une commune disposant d’une activité économique importante, d’infrastructures marchandes génératrices de recettes ou d’une forte capacité à attirer des partenaires peut bénéficier de marges de manœuvre différentes de celles d’un territoire dont l’assiette fiscale est plus réduite.
Il serait prématuré d’en déduire qu’un déséquilibre existe déjà entre les communes du Grand Lomé. Le cas de Golfe 7 soulève néanmoins la question des mécanismes de péréquation capables d’éviter que ces différences de potentiel ne se traduisent, à terme, par des écarts dans la qualité des services proposés aux habitants.
Les frontières communales n’arrêtent pas les problèmes urbains
Cette question est d’autant plus importante que le Grand Lomé fonctionne comme un même espace urbain. Une inondation, un problème de drainage, la pression foncière, les déplacements quotidiens ou les besoins d’assainissement ne s’interrompent pas lorsqu’une rue marque le passage d’une commune à une autre.
L’autonomie communale doit donc composer avec une interdépendance métropolitaine croissante. Si chaque collectivité planifie ses investissements selon ses propres ressources et partenaires, la coordination devient indispensable pour éviter la juxtaposition de territoires avançant à des rythmes trop différents.
Le PDC de Golfe 7 peut, dans cette perspective, constituer une avancée pour ses habitants. Son intérêt dépasse cependant les projets qu’il contient. Il rappelle que la réussite de la décentralisation ne se mesurera pas uniquement au nombre de communes disposant d’un plan de développement, mais aussi à leur capacité effective à le financer et à l’exécuter.
La décentralisation à l’épreuve de la solidarité territoriale
L’enjeu consiste donc à préserver l’initiative locale sans transformer les différences de ressources en inégalités territoriales durables. Le financement de l’État, les mécanismes de solidarité entre collectivités et la coordination à l’échelle du District autonome du Grand Lomé auront ici un rôle déterminant.
Car derrière les budgets communaux se joue une question très concrète pour les habitants : l’accès à l’eau, aux équipements, aux infrastructures ou à un environnement urbain mieux aménagé doit-il dépendre de la commune dans laquelle on réside ?
Le plan 2026-2030 de Golfe 7 ouvre ainsi une réflexion plus large. Dans une métropole qui continue de s’étendre, donner des moyens aux communes est une étape. Faire en sorte que leur autonomie ne produise pas une géographie inégale du développement en est une autre.
La Rédaction

