Rivières durablement hors norme, nappes déficitaires, glaciers en recul : le bilan 2025 de l’Organisation météorologique mondiale montre que les réserves capables d’amortir les années sèches perdent du terrain. L’Afrique et l’Asie concentrent l’essentiel du coût humain, alors même que leurs réseaux d’observation restent insuffisants.
La planète ne subit plus seulement une succession de sécheresses et d’inondations. Elle voit aussi diminuer les réserves lentes qui lui permettaient jusqu’ici d’absorber ces chocs. Dans son rapport publié le jeudi 17 septembre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) constate un déclin persistant du stockage terrestre de l’eau douce depuis le milieu des années 2010.
Ce stockage comprend les eaux souterraines, les lacs, les rivières, l’humidité des sols, la végétation, la neige et la glace. Ces réserves constituent une forme d’épargne naturelle : elles accumulent l’eau pendant les périodes favorables et la restituent lorsque les pluies diminuent. Leur affaiblissement réduit donc progressivement la capacité des territoires à traverser une saison sèche ou une sécheresse prolongée.
Des cours d’eau durablement hors norme
L’année 2025 figure parmi les plus sèches observées pour le débit des cours d’eau depuis trente-cinq ans. Selon les simulations de treize modèles hydrologiques mondiaux, 36 % de la superficie des bassins fluviaux a enregistré des débits inférieurs à la normale.
Le dérèglement dépasse toutefois une seule année. Depuis sept ans, les bassins présentant des conditions considérées comme normales restent minoritaires. Leur proportion oscille entre 34 % et 38 %, contre une moyenne de 46 % sur la période 1991-2020. Cette évolution traduit un cycle de l’eau de plus en plus instable, partagé entre déficits prolongés et précipitations extrêmes.
Le phénomène n’est pas uniforme. Certaines régions connaissent des crues et des niveaux inhabituellement élevés pendant que d’autres s’assèchent. Mais une année très pluvieuse dans un bassin ne suffit pas nécessairement à restaurer des nappes souterraines, des glaciers ou des sols affaiblis depuis plusieurs saisons.
Des réserves lentes de moins en moins protectrices
L’OMM situe entre 2014 et 2016 le début d’une tendance négative persistante du stockage terrestre mondial. En 2025, près des deux tiers des puits surveillés présentaient des niveaux situés en dehors de leur norme historique. Par rapport à 2024, l’équilibre s’est davantage déplacé vers le déficit que vers la reconstitution des nappes.
Les glaciers suivent une évolution comparable. Toutes les grandes régions glaciaires ont perdu de la masse pour la quatrième année consécutive. En 2025, cette perte est estimée à 408 gigatonnes, soit une contribution d’environ 1,1 millimètre à l’élévation moyenne du niveau des mers.
Entre 2023 et 2025, les glaciers ont perdu au total près de 1 400 gigatonnes d’eau. Ce volume correspond approximativement au remplissage de 560 millions de piscines olympiques et représente environ un tiers des prélèvements annuels d’eau douce dans le monde. La fonte augmente temporairement certains débits, mais elle affaiblit ensuite une réserve essentielle pour les populations alimentées par les eaux de montagne.
L’Afrique exposée à un double dérèglement
L’Afrique et l’Asie ont concentré au moins la moitié des phénomènes hydrologiques extrêmes recensés au cours des cinq dernières années. Ces deux régions représentent également plus de 80 % des décès signalés en lien avec ces catastrophes.
Sur le continent africain, les situations restent très contrastées. En 2025, les bassins du Sénégal, du Niger, du lac Tchad, de l’Orange et du Limpopo ont présenté des débits supérieurs à la normale. À l’inverse, ceux du Nil, du Congo et du Zambèze ont enregistré des niveaux très inférieurs aux références habituelles.
L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale ont subi des inondations répétées entre 2021 et 2025, tandis que la Corne de l’Afrique a traversé plusieurs épisodes de sécheresse prolongée. Le risque ne réside donc pas uniquement dans un manque généralisé d’eau, mais dans une alternance plus brutale entre excès et pénuries, difficile à anticiper pour l’agriculture, l’approvisionnement des villes, l’énergie et la santé publique.
Un continent touché, mais encore mal observé
L’alerte de l’OMM comporte une autre faiblesse majeure : l’Afrique et l’Asie restent parmi les régions les moins représentées dans les données hydrologiques mondiales. Les zones qui subissent les conséquences humaines les plus lourdes sont ainsi celles où les observations de terrain demeurent les plus incomplètes.
Le rapport s’appuie sur des mesures nationales, des données satellitaires et des modèles mondiaux. Ses conclusions révèlent une tendance solide à l’échelle de la planète, mais la précision reste inégale selon les pays. Le renforcement des stations hydrologiques, de la surveillance des nappes et des systèmes d’alerte devient donc indispensable pour adapter les décisions aux réalités locales.
L’eau traversant les frontières, cette réponse suppose également un partage plus rapide des données entre États et une gestion concertée des bassins transfrontaliers. L’avertissement de l’OMM ne concerne pas un avenir lointain : les réserves naturelles qui protégeaient les sociétés pendant les mauvaises années sont déjà en train de perdre leur capacité d’amortissement.
La Rédaction
Sources : Organisation météorologique mondiale, rapport et communiqué du 17 septembre 2026

