Le 18 août 2010, Sonia Iglesias quitte son domicile de Pontevedra, en Galice, pour effectuer quelques démarches avant de rejoindre son travail. La mère de famille disparaît en plein jour, dans une ville où rien ne semble annoncer qu’elle puisse s’évaporer ainsi. Son portefeuille sera retrouvé, des propriétés fouillées et son compagnon placé au cœur des investigations. Mais aucun corps ne réapparaîtra et aucun procès n’aura lieu. Seize ans plus tard, la question demeure intacte : qu’est-il arrivé à Sonia Iglesias ?
Une matinée ordinaire qui s’interrompt
Ce mercredi matin, Sonia Iglesias effectue plusieurs démarches avec son compagnon et père de son fils, Julio Araújo. Elle passe notamment dans une cordonnerie de la rue Arzobispo Malvar, où elle laisse des chaussures à réparer. Elle devait ensuite rejoindre son poste dans un magasin du centre de Pontevedra, mais elle n’y arrivera jamais. La sortie de cette cordonnerie constitue le dernier moment où sa présence est établie avec certitude par un témoin extérieur.
Julio Araújo affirme que Sonia est remontée dans sa voiture avant d’en descendre un peu plus tard pour poursuivre seule ses démarches. Les enquêteurs vont chercher pendant des années à reconstituer cette courte période de la matinée, comprise approximativement entre 10 h 15 et 11 h 45. C’est dans cette fenêtre que la trace de Sonia disparaît.
Un portefeuille, mais aucune trace de Sonia
Quelques jours après la disparition, le portefeuille de Sonia, contenant ses documents, est retrouvé près d’O Vao. La police scientifique tente d’en extraire des empreintes ou des traces biologiques susceptibles de faire progresser l’enquête. Les recherches mobilisent policiers, proches et volontaires, tandis que plusieurs hypothèses sont examinées : départ volontaire, enlèvement ou intervention criminelle.
Aucune ne fournit cependant une explication complète. Sonia ne réapparaît pas, son corps n’est pas découvert et aucun élément matériel ne permet de reconstruire ce qui s’est passé après ses derniers déplacements connus dans Pontevedra.
Son compagnon au centre des soupçons
Progressivement, les investigations se concentrent sur l’entourage proche. Julio Araújo devient le principal personnage du dossier. Les enquêteurs relèvent notamment des variations dans ses déclarations concernant les circonstances dans lesquelles Sonia serait descendue de son véhicule. En 2012, il est mis en cause dans une procédure pour détention illégale.
Mais le soupçon policier ne suffit pas à constituer une preuve judiciaire. En 2014, la procédure est provisoirement classée à son égard, décision ensuite confirmée. Les contradictions relevées ne permettent pas d’établir sa responsabilité dans la disparition. Julio Araújo nie toute implication.
Une maison fouillée huit ans plus tard
L’enquête connaît un nouveau départ en 2017. En février 2018, les policiers fouillent une propriété appartenant à la famille Araújo à San Mauro. Des recherches approfondies sont réalisées, notamment dans l’espoir de découvrir une trace permettant enfin de comprendre ce qui est arrivé à Sonia. Julio Araújo et son frère sont de nouveau entendus. Cette fois, les investigations s’inscrivent dans l’hypothèse d’un homicide.
Le résultat est pourtant identique : aucune découverte décisive ne permet de transformer les soupçons en accusation susceptible d’être jugée. Le dossier retourne dans l’impasse et aucune juridiction n’aura finalement l’occasion d’examiner la responsabilité de Julio Araújo dans un procès.
Le principal suspect disparaît à son tour
En septembre 2020, Julio Araújo meurt à 62 ans après une longue maladie. Avec lui disparaît l’homme sur lequel une grande partie de l’enquête s’était concentrée, mais qui n’avait jamais été reconnu coupable de quoi que ce soit concernant Sonia. Sa mort ferme définitivement la possibilité de le confronter à un éventuel procès si de nouveaux éléments venaient un jour étayer les soupçons.
Quelques mois plus tard intervient une autre étape, uniquement juridique. En mai 2021, Sonia Iglesias est officiellement déclarée décédée par la justice espagnole, qui fixe sa date légale de décès au 1er janvier 2021. Cette décision répond aux conséquences civiles de son absence prolongée : elle ne signifie ni que son corps a été retrouvé ni que les circonstances de sa disparition ont été élucidées. L’enquête policière pouvait donc continuer.
Une disparition toujours sans explication
L’affaire Sonia Iglesias laisse ainsi la justice face à une situation particulièrement difficile. Des années d’investigations ont permis d’explorer son entourage, de fouiller des propriétés et de réexaminer plusieurs fois le comportement de son compagnon. Mais aucun de ces éléments n’a apporté la preuve indispensable pour établir ce qui s’est réellement produit le 18 août 2010.
Le dossier demeure suspendu entre disparition et hypothèse criminelle. Sonia n’a jamais été retrouvée, aucune scène de crime n’a été identifiée et l’homme qui a concentré les principaux soupçons est mort sans avoir été jugé. L’énigme n’est donc pas seulement de savoir qui aurait pu faire disparaître Sonia Iglesias, mais d’abord de répondre à la question que seize années d’enquête n’ont pas réussi à résoudre : où est-elle et que lui est-il réellement arrivé après avoir quitté le centre de Pontevedra ce matin-là ?
La Rédaction
Sources et références
- La Voz de Galicia.
- RTVE.
- Police nationale espagnole.
- Tribunal supérieur de justice de Galice et archives judiciaires de Pontevedra.

