La Cour constitutionnelle d’Équateur a récemment donné son accord à une initiative du gouvernement visant à modifier un article de la Constitution qui interdit l’implantation de bases militaires étrangères. Cette proposition, soutenue par le président Daniel Noboa, est justifiée par la nécessité de lutter contre l’insécurité croissante liée au trafic de drogue.
Après une époque où la gauche, sous Rafael Correa (2007-2017), a réussi à expulser les bases américaines, la droite équatorienne semble désormais prête à accueillir de nouveau la présence militaire des États-Unis. Cette tendance s’est déjà manifestée sous le mandat de Lenín Moreno (2017-2021), lorsque des agences américaines telles que la DEA et le FBI ont retrouvé leur place à Quito, avec l’argument de la lutte contre le trafic de drogue. Son successeur, Guillermo Lasso, a également renforcé les liens avec les États-Unis en promouvant un partenariat qui a été critiqué pour son caractère néocolonial, facilitant même des accords permettant l’intervention directe des forces américaines sur le sol équatorien.
Depuis son entrée en fonction en novembre 2023, Daniel Noboa a l’intention de franchir un pas supplémentaire vers une éventuelle réouverture de bases militaires américaines en Équateur. En 2009, le président Correa avait déjà pris la décision d’expulser les militaires américains de la base de Manta, sur la côte pacifique.
La récente décision de la Cour constitutionnelle a permis de rouvrir le débat sur la modification de l’article 5 de la Constitution, en place depuis 2008, qui interdisait toute présence militaire étrangère. Cet article avait été un outil clé pour le gouvernement de l’époque, permettant l’expulsion des forces américaines de Manta.
Face à une crise sécuritaire alarmante, Noboa utilise l’argument de la lutte contre les narcotraficants pour justifier le retour de la stratégie de « guerre contre la drogue », une approche qui a prouvé son inefficacité au cours des cinquante dernières années. De nombreux analystes estiment que la dégradation de la situation en Équateur est davantage le résultat d’un affaiblissement des institutions étatiques opéré par les gouvernements précédents de droite.
Sous l’administration Correa, l’Équateur avait réussi à se classer parmi les pays les plus sûrs d’Amérique latine. Toutefois, le retour de la droite au pouvoir a conduit à une explosion du taux d’homicides, qui est passé de 5,8 à 43 pour 100 000 habitants en sept ans, faisant de l’Équateur l’un des pays les plus violents au monde.
La réforme constitutionnelle doit maintenant être examinée par l’Assemblée nationale. Si elle obtient l’approbation de cette instance, elle sera soumise à un référendum, permettant aux citoyens équatoriens de se prononcer sur la question. Noboa cherche à établir un lien entre l’augmentation du trafic de drogue et le départ des militaires américains, accusant ses adversaires d’avoir permis aux mafias de prospérer en raison d’une interprétation erronée de la souveraineté nationale.
Des voix critiques, comme celle de la députée Ana María Raffo, rappellent que le taux d’homicides a augmenté durant la présence militaire américaine à Manta, passant de 13,62 pour 100 000 habitants à 18,95 lors de leur départ en 2007, soulignant l’ambiguïté des arguments avancés par le gouvernement actuel.
Après le soutien de la Cour constitutionnelle, la proposition de réforme sera prochainement discutée au sein de l’Assemblée nationale, ouvrant la voie à un potentiel référendum qui pourrait redéfinir la relation entre l’Équateur et les États-Unis.
La Rédaction

