En visite au siège du Programme alimentaire mondial à Rome, le souverain pontife dénonce l’écart croissant entre l’explosion des dépenses militaires et l’inaction face à une insécurité alimentaire qui touche 266 millions de personnes.
À Rome, la prise de parole du pape Léon XIV a pris la forme d’un véritable réquisitoire moral contre l’ordre international contemporain. En se rendant au siège du Programme alimentaire mondial (PAM), le souverain pontife n’a pas seulement salué l’action humanitaire de l’ONU : il a dénoncé ce qu’il qualifie de « hiérarchie immorale des priorités internationales ». Dans son analyse, la faim mondiale ne relève plus d’un déséquilibre ponctuel mais d’un système global structuré par des choix politiques et militaires profondément déséquilibrés.
Les chiffres évoqués lors de cette visite confirment l’ampleur du basculement humanitaire : 266 millions de personnes réparties dans 48 pays sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Une crise silencieuse dont les foyers coïncident presque systématiquement avec les zones de guerre et d’instabilité chronique.
Une crise mondiale alimentée par les conflits armés
Au cœur du message pontifical se trouve une corrélation désormais structurelle entre guerre et famine. Les conflits contemporains ne se contentent plus de détruire des vies humaines : ils désorganisent les chaînes logistiques, détruisent les infrastructures agricoles et effondrent les économies locales.
Dans de nombreuses régions, notamment en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, les populations se retrouvent privées d’accès aux marchés, aux récoltes et aux circuits de distribution essentiels. La dépendance à l’aide humanitaire devient alors totale, dans un contexte où l’accès même aux zones touchées est souvent entravé par les combats.
« On ne peut accepter que l’on dépense des fortunes pour fabriquer des armes qui détruisent la vie, tout en négociant au centime près les budgets destinés à la maintenir », a déclaré le pape Léon XIV.
Le PAM, pilier d’une solidarité mondiale sous pression
Dans son intervention, le souverain pontife a également rendu hommage au Programme alimentaire mondial, qu’il décrit comme l’un des derniers remparts face à l’effondrement humanitaire dans certaines régions du monde.
En 2025, le PAM a apporté une assistance alimentaire et nutritionnelle à 121 millions de personnesdans plus de 120 pays. Au-delà de l’urgence, l’organisation déploie aussi des programmes structurels, notamment les repas scolaires, qui bénéficient à des centaines de millions d’enfants et constituent un levier majeur d’éducation et de stabilité sociale.
Le pape a également salué le travail des agents humanitaires, rappelant que plusieurs d’entre eux ont perdu la vie dans l’exercice de leur mission.
Une dénonciation des priorités géopolitiques mondiales
Au-delà du discours humanitaire, la prise de parole du pape Léon XIV s’inscrit dans une critique plus large de l’économie politique mondiale. Le déséquilibre entre les budgets militaires en expansion et les financements insuffisants de la lutte contre la faim apparaît, selon lui, comme une fracture morale majeure.
Dans cette perspective, la faim n’est plus seulement un problème humanitaire : elle devient un révélateur des arbitrages géopolitiques contemporains. Pour le souverain pontife, aucune stabilité durable ne peut exister tant que la sécurité alimentaire mondiale reste reléguée au second plan des priorités internationales.
La Rédaction

