Pendant longtemps, l’affaire Pedal Ove a incarné au Danemark le récit d’une erreur judiciaire réparée. Condamné à douze ans de prison pour le meurtre de son épouse dont il était séparé, Ove Thomas Hansen est acquitté dix ans plus tard après la réouverture de son procès. Mais en 2019, de nouvelles révélations fragilisent certains éléments ayant contribué à remettre sa condamnation en cause. Entre deux décisions judiciaires opposées et un alibi devenu moins solide, le meurtre de Brita Hansen reste sans coupable.
Brita disparaît à Frederikshavn
Le 12 décembre 1981, Brita Hansen, 30 ans, disparaît à Frederikshavn, dans le nord du Danemark. Son corps n’est retrouvé que sept mois plus tard, dans le port. L’examen médico-légal conclut qu’elle a été étranglée. Les soupçons se concentrent sur son mari dont elle était séparée, Ove Thomas Hansen, musicien surnommé « Pedal Ove ».
Le dossier ne repose pas sur une preuve technique établissant directement sa présence auprès de Brita au moment du crime. Mais les enquêteurs réunissent suffisamment d’éléments circonstanciels et de témoignages pour le poursuivre. Le 12 novembre 1982, Ove Hansen est reconnu coupable et condamné à douze ans de prison. Il ne cessera de nier le meurtre.
Un alibi finit par renverser le procès
Après plusieurs années, de nouveaux témoignages viennent perturber la chronologie retenue contre lui. Des personnes affirment avoir vu Ove à un moment susceptible de rendre difficile sa présence sur les lieux pendant la période présumée du meurtre. Des journalistes danois réexaminent également le dossier et contribuent à donner une forte visibilité aux incohérences avancées par sa défense.
En novembre 1991, la Cour spéciale de révision danoise accepte de rouvrir l’affaire. L’année suivante, Ove Hansen est acquitté. Il avait passé environ sept années en détention et obtient par la suite quelque 5,4 millions de couronnes danoises, soit environ 474 millions de FCFA, d’indemnisation. L’affaire devient l’un des exemples les plus célèbres d’erreur judiciaire au Danemark.
Près de trente ans plus tard, le doute revient
En 2019, une nouvelle enquête journalistique consacrée à l’affaire reprend minutieusement la chronologie. Elle ne démontre pas qu’Ove a tué Brita, mais fait apparaître un problème inattendu : certains éléments associés à son alibi ne semblent plus aussi solides qu’au moment de la révision.
Ove modifie notamment son récit concernant la présence de son fils de quatre ans autour de la période déterminante. Plus troublant encore, l’un des témoins ayant participé à la construction de l’alibi affirme avoir menti lorsqu’il avait déclaré en 1991 avoir déjà communiqué certaines informations à la police dès 1981. Selon la police du Jutland du Nord, ce témoin changera toutefois encore de version.
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La police examine l’affaire sans la rouvrir
Ces révélations sont suffisamment importantes pour être examinées par les autorités. Mais le 20 décembre 2019, la police du Jutland du Nord annonce qu’elle n’ouvrira pas de nouvelle enquête. Ove Hansen est mort quelques semaines auparavant, le 23 novembre, et certaines éventuelles infractions liées aux anciennes déclarations sont prescrites.
Surtout, les policiers considèrent que les nouveaux éléments ne suffisent pas à justifier une reprise complète des investigations. Cette décision ne signifie donc pas qu’Ove Hansen était finalement coupable. Son acquittement de 1992 demeure intact. Elle montre cependant que certains éléments ayant contribué à installer publiquement l’image d’une erreur judiciaire incontestable sont devenus, à leur tour, sujets à caution.
Deux verdicts, toujours aucun coupable
C’est là que l’affaire Pedal Ove conserve toute sa singularité. En 1982, une juridiction estime les éléments suffisamment solides pour condamner Ove Hansen. Dix ans plus tard, après réouverture du dossier, la justice l’acquitte. Puis, en 2019, certaines pièces du récit ayant accompagné cette réhabilitation se fissurent, sans produire suffisamment de preuves pour rouvrir l’enquête.
Il serait donc incorrect de présenter ces révélations comme la démonstration tardive de la culpabilité d’Ove. Mais elles empêchent également de réduire l’affaire à une simple erreur judiciaire définitivement expliquée.
Car derrière les procès, la révision et les témoignages contradictoires subsiste une réalité beaucoup plus simple : personne d’autre n’a été condamné pour le meurtre de Brita Hansen. Plus de quarante ans après sa mort, la justice danoise possède donc un ancien condamné définitivement acquitté, un alibi devenu controversé et toujours aucune réponse certaine à la question centrale : qui a étranglé Brita avant de faire disparaître son corps dans le port de Frederikshavn ?
La Rédaction
Sources et références
- Lex.dk, notice consacrée à l’affaire Pedal Ove.
- Police du Jutland du Nord, examen des nouveaux éléments et décision du 20 décembre 2019.
- European Registry of Exonerations, dossier Ove Thomas Hansen.
- Foreningen for Undersøgende Journalistik, travaux consacrés au réexamen journalistique de l’affaire.

