Le 12 novembre 1998, Katarzyna Zowada, 23 ans, étudiante en sciences religieuses à l’Université Jagellonne de Cracovie, disparaît. Près de deux mois plus tard, des restes humains sont découverts dans la Vistule. L’affaire devient l’une des énigmes criminelles les plus célèbres de Pologne. Presque vingt ans passent avant l’arrestation d’un suspect. Condamné à la prison à perpétuité en 2022, Robert Janczewski est pourtant acquitté deux ans plus tard. En juin 2026, la Cour suprême rejette le dernier recours du parquet. La condamnation a disparu, mais le meurtre, lui, reste sans auteur judiciairement identifié.
Une disparition sans explication
Katarzyna Zowada devait retrouver sa mère le 12 novembre 1998 à Cracovie. Elle ne se présente pas au rendez-vous et ne rentre pas chez elle. Les recherches ne permettent pas immédiatement de comprendre ce qui lui est arrivé. Le 6 janvier 1999, l’équipage d’un bateau circulant sur la Vistule découvre qu’un fragment de corps humain s’est pris dans son système de propulsion. Les examens médico-légaux établissent qu’il s’agit de restes provenant d’une jeune femme.
D’autres fragments sont retrouvés par la suite et les analyses génétiques permettent de les attribuer à Katarzyna. L’état du corps montre rapidement qu’il ne s’agit pas d’un accident. Les enquêteurs comprennent qu’ils sont face à un homicide particulièrement complexe, dont la scène principale reste inconnue.
Une affaire qui résiste pendant près de vingt ans
L’enquête multiplie les pistes mais n’aboutit pas. Le dossier est un temps classé avant d’être repris par des policiers spécialisés dans les affaires anciennes, notamment ceux de l’« Archiwum X » de Cracovie. Au fil des années, expertises, témoignages et profils de suspects sont réexaminés. Un nom finit par revenir au centre des investigations : Robert Janczewski.
Il est arrêté en 2017, presque dix-neuf ans après la disparition de Katarzyna. Il nie l’avoir tuée. L’affaire entre alors dans une nouvelle phase : ce qui avait été pendant deux décennies une énigme criminelle devient une bataille judiciaire autour d’un dossier essentiellement construit à partir d’indices.
En 2022, la justice pense avoir trouvé le meurtrier
Le procès dure plusieurs années et comporte des dizaines d’audiences. En septembre 2022, le tribunal régional de Cracovie reconnaît Robert Janczewski coupable du meurtre de Katarzyna et de l’atteinte portée à son corps. La peine est maximale : réclusion à perpétuité.
Après près d’un quart de siècle d’incertitudes, la justice polonaise semble enfin avoir donné un nom au meurtrier. Mais le jugement n’est pas définitif. La défense fait appel et attaque précisément la solidité de la chaîne d’indices ayant conduit à la condamnation. Aucun aveu, aucune preuve directe incontestable et aucune scène de crime clairement établie ne permettent de simplifier le dossier.
L’acquittement renverse toute l’affaire
Le 31 octobre 2024, la cour d’appel de Cracovie renverse le verdict et acquitte Robert Janczewski. Il est libéré après environ sept années passées en détention provisoire. La motivation de la cour est essentielle : les juges ne déclarent pas disposer de la certitude absolue que Janczewski est innocent, mais considèrent que l’accusation n’a pas démontré sa culpabilité au-delà du doute raisonnable.
Le tribunal applique donc le principe selon lequel le doute doit profiter à l’accusé. Cette distinction change complètement la lecture de l’affaire. La condamnation de 2022 n’est pas remplacée par l’identification d’un autre auteur. Elle disparaît simplement faute de preuve suffisante, et le meurtre de Katarzyna retrouve alors son statut initial : celui d’une énigme.
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En 2026, la Cour suprême referme définitivement la piste
Le parquet refuse de s’arrêter là et forme un pourvoi contre l’acquittement. Mais le 25 juin 2026, la Cour suprême polonaise rejette la cassation. L’acquittement de Robert Janczewski devient ainsi définitif.
Cette décision produit un paradoxe judiciaire particulièrement fort. Un homme a été arrêté près de vingt ans après les faits, détenu pendant environ sept ans, jugé au terme d’une procédure immense et condamné à perpétuité. Deux ans plus tard, la juridiction d’appel estime que les preuves ne permettent pas de maintenir cette condamnation, puis la plus haute juridiction du pays confirme la fin de cette piste judiciaire. Robert Janczewski ne peut donc plus être présenté comme le meurtrier de Katarzyna Zowada.
Une énigme revenue à son point de départ
L’affaire dite de la « peau » conserve aujourd’hui exactement ce qui fait la force d’une véritable énigme judiciaire : un homicide certain, des circonstances exceptionnellement difficiles à reconstituer, des décennies d’enquête, un suspect condamné à la peine maximale puis acquitté, et aucun autre auteur définitivement identifié.
Le procès devait apporter la réponse que la police cherchait depuis 1998. Il a finalement produit une nouvelle incertitude. La justice polonaise sait désormais qu’elle ne peut pas retenir la culpabilité de l’homme qu’elle avait condamné en 2022. Elle ne sait toujours pas, en revanche, qui a tué Katarzyna Zowada, où le crime a été commis ni comment son meurtrier a pu échapper aussi longtemps aux investigations. Près de vingt-huit ans après sa disparition, l’affaire reste donc suspendue à sa question originelle : qui a tué Katarzyna Zowada ?
La Rédaction
Sources et références
- Polska Agencja Prasowa, condamnation de Robert Janczewski en septembre 2022.
- Polska Agencja Prasowa, acquittement prononcé par la cour d’appel de Cracovie le 31 octobre 2024.
- Cour suprême de Pologne / Polska Agencja Prasowa, rejet du pourvoi du parquet le 25 juin 2026.
- Police polonaise, archives consacrées au travail de l’« Archiwum X » sur l’affaire Katarzyna Zowada.

