À l’été 1984, plusieurs sacs contenant des morceaux d’un corps humain sont découverts à Stockholm. La victime est identifiée comme Catrine da Costa, 27 ans. Sa tête et plusieurs organes ne seront jamais retrouvés et la cause exacte de sa mort ne pourra pas être établie. Quatre ans plus tard, deux médecins sont jugés pour son meurtre. Ils seront acquittés, mais le tribunal affirmera dans les motifs de son jugement qu’ils ont démembré le corps. Une conclusion impossible à faire juger en appel et qui poursuivra les deux hommes pendant près de quarante ans.
Un corps démembré, mais une mort impossible à expliquer
Catrine da Costa évoluait dans un environnement marqué par la prostitution et la précarité. Après sa disparition, des parties de son corps sont découvertes en différents endroits de Stockholm durant l’été 1984. L’état des restes et l’absence de certains organes compliquent considérablement les expertises. Les enquêteurs savent que le corps a été découpé, mais ils ne parviennent pas à déterminer avec suffisamment de certitude comment la jeune femme est morte.
L’enquête finit par se concentrer sur deux hommes : le médecin généraliste Thomas Allgén et le médecin légiste Teet Härm. Tous deux contestent les accusations. En 1988, ils comparaissent pour le meurtre de Catrine da Costa dans une affaire devenue extrêmement médiatisée en Suède.
Un premier procès qui déraille
La première procédure connaît elle-même un sérieux incident. En mars 1988, les deux médecins sont déclarés coupables du meurtre par le tribunal de Stockholm. Mais avant que le jugement définitif ne puisse être correctement rendu, des membres non professionnels de la formation de jugement s’expriment dans la presse sur l’affaire. La cour d’appel considère que cette intervention a compromis la procédure et ordonne un nouveau procès.
Le dossier revient donc devant le tribunal. Cette fois, la difficulté fondamentale apparaît clairement : la justice ne peut pas établir avec certitude que Catrine da Costa a été assassinée, ni déterminer les circonstances exactes de sa mort. Le 8 juillet 1988, les deux médecins sont acquittés du meurtre.
L’affaire aurait pu s’arrêter là. C’est précisément à ce moment qu’elle devient l’une des plus étranges de l’histoire judiciaire suédoise.
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Acquittés, mais désignés dans le même jugement
Dans les motifs de sa décision, le tribunal affirme considérer que Thomas Allgén et Teet Härm ont démembré le corps de Catrine da Costa. Or, ils n’étaient pas poursuivis pour cette infraction et celle-ci était déjà prescrite. Aucune condamnation ne pouvait donc être prononcée sur ce fondement.
Le paradoxe est redoutable : les deux hommes sont officiellement acquittés, mais les motifs du jugement les présentent néanmoins comme responsables d’un acte criminel particulièrement grave.
Et parce qu’ils ont été acquittés, ils ne disposent pas d’une voie normale leur permettant de faire appel de cette seule affirmation. Le constat sur le démembrement ne figure pas dans le dispositif susceptible d’être contesté comme une condamnation. Il reste pourtant inscrit dans le raisonnement du tribunal. Le gouvernement suédois reconnaîtra lui-même en 2026 le caractère profondément problématique de cette situation : les hommes ont été, en pratique, tenus responsables d’un acte pour lequel ils n’avaient pas été poursuivis et qu’ils ne pouvaient pas faire réexaminer en appel.
Une phrase aux conséquences durables
Cette conclusion judiciaire ne reste pas théorique. Les deux médecins perdent ensuite leurs autorisations d’exercer. Pendant des décennies, ils engagent différentes procédures pour obtenir une révision ou une réparation, sans parvenir à effacer complètement les conséquences de l’affaire.
Leur situation devient ainsi presque aussi controversée que l’enquête criminelle elle-même. Ils n’ont jamais été condamnés pour le meurtre de Catrine da Costa. Ils n’ont jamais été condamnés pénalement pour avoir démembré son corps. Pourtant, une juridiction a affirmé qu’ils avaient commis ce démembrement.
Pendant que cette bataille judiciaire se poursuit, une question essentielle passe progressivement au second plan : personne n’est condamné pour la mort de Catrine.
L’État reconnaît une injustice
Près de quarante ans après le procès, l’affaire connaît un nouveau tournant. En mai 2026, Thomas Allgén et Teet Härm demandent chacun cinq millions de couronnes à l’État suédois au titre d’une indemnisation exceptionnelle.
Le 16 juin 2026, le gouvernement décide de leur accorder deux millions de couronnes suédoises chacun, soit environ 123 millions de FCFA par personne, à titre ex gratia. Le ministre de la Justice Gunnar Strömmer reconnaît les souffrances considérables qu’ils ont endurées et les erreurs commises par la puissance publique. Le gouvernement précise cependant qu’il ne prend pas position sur la question de savoir qui a démembré Catrine da Costa.
Cette distinction est capitale. L’indemnisation de 2026 ne constitue pas une décision proclamant judiciairement l’innocence des médecins concernant le démembrement. Elle reconnaît surtout qu’ils ont été placés dans une situation contraire aux principes fondamentaux de l’État de droit : désignés comme responsables dans les motifs d’un jugement sans avoir été condamnés pour cette infraction et sans pouvoir véritablement contester cette affirmation.
Une énigme judiciaire à deux niveaux
Quarante-deux ans après la découverte du corps, l’affaire Catrine da Costa conserve donc deux mystères étroitement liés.
Le premier est criminel : comment Catrine est-elle morte et qui est responsable de sa mort ?Aucun auteur n’a été définitivement condamné.
Le second est judiciaire : comment deux hommes acquittés ont-ils pu subir pendant des décennies les conséquences d’une affirmation de culpabilité contenue dans un jugement qu’ils ne pouvaient pas normalement attaquer ?
En 2026, la Suède a finalement reconnu qu’une injustice leur avait été faite. Mais cette réparation tardive n’apporte aucune réponse à l’énigme initiale. Derrière quarante années de procès, de recours et de controverses demeure toujours Catrine da Costa, une jeune femme dont le corps a été démembré et dont personne n’a jamais été condamné pour la mort.
La Rédaction
Sources et références
- Gouvernement suédois, ministère de la Justice — décision du 16 juin 2026 accordant une indemnisation ex gratia aux deux anciens médecins.
- Sveriges Radio — historique judiciaire de l’affaire et indemnisation accordée en 2026.
- SVT Nyheter — conséquences du jugement de 1988 et reconnaissance par l’État suédois en 2026.

