Dans les couches silencieuses d’une tombe violée par le temps, un texte grec vieux de plus de deux millénaires a refait surface là où personne ne l’attendait : à l’intérieur même d’une momie.
À Al Bahnasa, sur le site de l’ancienne Oxyrhynque, à environ 190 kilomètres au sud du Caire, une mission archéologique dirigée par l’Université de Barcelone a mis au jour une découverte aussi déroutante que symbolique : un fragment de l’Iliade d’Homère inséré dans un corps momifié.
Une tombe abîmée, mais loin d’avoir livré tous ses secrets
La découverte provient de la tombe 65, un hypogée partiellement détruit et pillé dès l’Antiquité. À première vue, le contexte semblait peu prometteur. Pourtant, les fouilles ont révélé un ensemble funéraire d’une grande richesse : momies aux bandelettes décorées de motifs géométriques encore visibles, sarcophages en bois polychrome, fragments métalliques, dont des feuilles d’or.
Ces éléments s’inscrivent dans les pratiques funéraires gréco-romaines, où le rituel mêle traditions égyptiennes et influences méditerranéennes.

Le choc du papyrus dans une momie
C’est dans l’un des corps que la mission fait sa découverte la plus inattendue : un fragment de papyrus contenant des vers du chant II de l’Iliade.
Le texte correspond au célèbre “Catalogue des navires”, longue énumération des contingents grecs partis pour la guerre de Troie. Une section monumentale de l’épopée, souvent étudiée pour sa portée historique et littéraire.
Mais ici, ce n’est pas seulement le contenu qui intrigue : c’est son emplacement. Le papyrus était conservé à l’intérieur de la momie, intégré au rituel d’embaumement.
Quand la littérature grecque entre dans le rite funéraire égyptien
Pour les chercheurs, cette association est loin d’être anodine. Elle témoigne d’un monde culturel hybride, où les pratiques funéraires égyptiennes intègrent des références intellectuelles grecques.
Oxyrhynque, déjà connue pour avoir livré des milliers de papyrus antiques, confirme ainsi son statut de capitale documentaire de l’Antiquité. Mais cette fois, le texte ne vient pas d’un dépotoir ou d’une archive : il est littéralement placé dans le corps d’un défunt.

Une lecture nouvelle de la Méditerranée antique
Au-delà de l’anecdote spectaculaire, la découverte éclaire une réalité plus large : la circulation des textes grecs dans l’Égypte romaine, et leur intégration jusque dans les pratiques les plus intimes du rite funéraire.
Dans la tombe 65, les frontières entre littérature, croyance et rituel semblent s’effacer. Et l’Iliade, texte fondateur de la culture grecque, devient un objet funéraire, presque un passage vers l’au-delà.
La Rédaction

