Libreville – Le Gabon engage une rupture décisive dans sa politique minière. À partir du 1er janvier 2029, l’exportation de manganèse brut sera strictement interdite. L’annonce, faite vendredi 30 mai par le président Brice Clotaire Oligui Nguema en conseil des ministres, vise à imposer la transformation locale de cette ressource stratégique. Principal visé : le site de Moanda, exploité par le groupe français Eramet, qui fournit à lui seul près de 15 % de la production mondiale.
Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon souhaite désormais capter davantage de valeur ajoutée sur son propre sol. Cette décision marque un tournant clair dans la stratégie économique d’un pays encore trop dépendant de ses matières premières non transformées
« L’exportation de manganèse brut sera interdite à compter du 1er janvier 2029 », a déclaré le chef de l’État, exigeant une réorientation complète du secteur vers une industrialisation nationale.
Trois ans pour investir ou partir
Le gouvernement accorde une période transitoire de trois ans aux opérateurs pour s’adapter. Le message est limpide : ceux qui n’investiront pas dans la transformation locale devront quitter le marché gabonais.
Un fonds d’investissement public-privé sera mis en place pour accompagner cette transition. Il financera la construction d’usines, la formation de la main-d’œuvre locale, ainsi que le développement de compétences industrielles. Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large de rompre avec « l’économie de rente », accusée d’avoir bloqué le développement du pays malgré un PIB par habitant parmi les plus élevés d’Afrique (6 866 euros en 2023).
Industrialisation tous azimuts
La mesure sur le manganèse s’inscrit dans un plan plus vaste : réduire la dépendance extérieure et développer une économie de production. Dans le même conseil des ministres, Oligui Nguema a également annoncé l’interdiction de l’importation de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, pour soutenir la filière avicole nationale.
Ces annonces confirment l’ambition d’un pouvoir qui veut marquer une rupture économique forte avec l’ère Bongo. Un tiers des Gabonais vit toujours sous le seuil de pauvreté, malgré des ressources abondantes. Cette fois, le manganèse ne quittera plus le sol gabonais sans être transformé.
La Rédaction

