Après seize années à la tête de l’Égypte, Abdel Fattah al-Sissi affirme qu’il ne prolongera pas son mandat au-delà de 2030. Mais son projet de former les futurs dirigeants au sein de l’Académie militaire soulève une question politique majeure : quelle place restera-t-il à la compétition démocratique dans la préparation de l’après-Sissi ?
En Égypte, la perspective d’une succession présidentielle commence à prendre forme, mais ses modalités interrogent. Dans une récente intervention publique, Abdel Fattah al-Sissi a annoncé que son mandat prendrait fin en 2030, excluant une nouvelle révision constitutionnelle destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Cette déclaration intervient quatre ans avant l’échéance et après les amendements constitutionnels de 2019, qui avaient porté la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans et permis à Al-Sissi de briguer un troisième mandat.
Une succession préparée par l’institution militaire
Parallèlement à son engagement de départ, le président égyptien a présenté un programme de formation de 30 mois au sein de l’Académie militaire. Destiné notamment à des titulaires de doctorat âgés de 40 à 50 ans, il doit préparer de futurs responsables politiques et administratifs.
Les participants pourraient ensuite accéder à des fonctions ministérielles, parlementaires ou gouvernementales, voire prétendre à la présidence.
Une commission associant responsables politiques, parlementaires et membres du gouvernement devra définir les critères de sélection et préparer le cadre législatif du dispositif.
Le pluralisme politique en question
Cette initiative confierait à une institution militaire un rôle important dans la préparation des futurs dirigeants civils.
Or, depuis son arrivée à la présidence en 2014, Al-Sissi a considérablement renforcé l’influence de l’armée dans les institutions et l’économie. Les restrictions visant l’opposition et les libertés publiques alimentent également les interrogations sur les conditions d’une future compétition électorale.
Le programme annoncé ne précise pas encore comment ses diplômés pourraient devenir candidats ni comment leur sélection s’articulerait avec les règles électorales existantes.
Une transition encore à définir
Pour l’Égypte, l’enjeu dépasse la promesse d’un départ. Il concerne la possibilité d’organiser une transmission du pouvoir dans un cadre institutionnel où les citoyens pourront choisir librement leurs représentants.
L’échéance de 2030 pourrait ouvrir une nouvelle période politique. Mais sa portée dépendra autant du respect de l’engagement présidentiel que des conditions dans lesquelles émergeront les candidats à sa succession.
La Rédaction

