Quand les pratiques autoritaires défient la discipline du mouvement et révèlent les limites de sa gouvernance
Le M23, groupe paramilitaire contrôlant une partie de l’est de la République démocratique du Congo, applique sa propre logique administrative à Goma, où il a récemment suspendu Julien Katembo, maire de la ville, pour quinze jours. La décision fait suite à des violences infligées à des civils par des soldats sous ses ordres dans le cadre du salongo, le service communautaire obligatoire instauré par le mouvement.
Le salongo consiste en des travaux de salubrité imposés chaque samedi matin, inspirés du modèle rwandais de l’umuganda. Selon l’administration locale du M23, son objectif est de maintenir la propreté et l’ordre dans la ville, mais son application révèle des méthodes autoritaires et punitives.
Le maire suspendu a justifié les coups infligés, affirmant qu’ils constituaient une punition pour des citoyens ayant tenté d’échapper au salongo. Toutefois, le vice-gouverneur du Nord-Kivu, Willy Manzi Ngarambe, a qualifié ces actes de « violation grave » du code de conduite du M23, soulignant que même dans un système paramilitaire, certaines limites doivent être respectées.
Cette affaire met en lumière la structure administrative du M23, qui combine autorité militaire et fonctions civiles, impose des règles strictes à la population et sanctionne ses propres responsables lorsque leurs méthodes dépassent ce que le mouvement considère acceptable.
Malgré ces mesures internes, la population reste soumise à la peur et aux abus, illustrant les tensions entre discipline interne et contrôle autoritaire dans une gouvernance hybride.
La Rédaction

