Le partage des eaux du Nil et la gouvernance de la mer Rouge dessinent un rapprochement diplomatique entre l’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie. Leur déclaration commune défend le règlement pacifique des différends, mais souligne aussi des divergences persistantes avec l’Éthiopie, qui réclame la prise en compte de ses intérêts.
L’eau et l’accès maritime restent au cœur des tensions régionales. En adoptant une position commune à El-Alamein, le 4 octobre, les quatre États ont renforcé leur concertation sur ces dossiers stratégiques. Leur appel au dialogue laisse toutefois ouverte une question essentielle : quelle portée donner à cette coordination sans la participation d’Addis-Abeba ?
À l’invitation du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, la rencontre a réuni Isaias Afwerki, président de l’Érythrée, Hassan Sheikh Mohamud, président de la Somalie, et Abdel Fattah Al-Burhan, président du Conseil souverain de transition du Soudan. Elle a débouché sur une déclaration et l’annonce d’un mécanisme de suivi, sans accord négocié avec l’Éthiopie.
La souveraineté comme point de convergence
Les participants ont défendu l’intégrité territoriale des États, la non-ingérence et le règlement politique des conflits. Leur position s’inscrit dans un contexte de reprise des affrontements au Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, et d’inquiétudes concernant leurs répercussions régionales. Dès le 1er octobre, la Commission de l’Union africaine avait appelé l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à la retenue et proposé son soutien à la désescalade.
Le sommet d’El-Alamein ne constitue cependant pas, selon les documents officiels consultés, une médiation mandatée par l’organisation continentale. Son périmètre dépasse également la situation éthiopienne. La déclaration soutient les institutions nationales soudanaises et rejette la création d’entités parallèles. Elle défend aussi l’unité territoriale somalienne et s’oppose à la reconnaissance du Somaliland. Ces engagements rapprochent les préoccupations des participants autour de la souveraineté et de la sécurité régionale.
Deux dossiers stratégiques, des positions distinctes
Sur le Nil, les quatre dirigeants rejettent les mesures unilatérales susceptibles de porter préjudice aux usages de l’eau de l’Égypte et du Soudan, les deux pays d’aval. Ils invoquent la coopération, la notification préalable et la concertation. Cette formulation rejoint les préoccupations du Caire et de Khartoum concernant le barrage éthiopien de la Renaissance, construit sur le Nil Bleu.
Sur le volet maritime, ils affirment que la gouvernance de la mer Rouge relève exclusivement des États riverains, tout en défendant la liberté de navigation. Cette position touche un dossier sensible pour l’Éthiopie, enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993 et engagée dans la recherche d’un débouché maritime. L’accès à un port et la gouvernance d’un espace maritime restent toutefois deux questions distinctes.
La déclaration ne nomme pas Addis-Abeba. Interpréter ces passages comme un message adressé à l’Éthiopie relève donc de l’analyse diplomatique, même si les dossiers abordés concernent directement ses intérêts.
Un dialogue revendiqué, des résultats à construire
Dans une déclaration du 5 octobre, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a demandé que les discussions sur le Nil Bleu et la mer Rouge prennent en compte les intérêts nationaux du pays. Il a réaffirmé son attachement au dialogue, tout en rejetant les pressions et les actions de déstabilisation.
Les protagonistes partagent ainsi un vocabulaire de paix sans avoir rapproché leurs positions. Le mécanisme de suivi annoncé à El-Alamein pourrait consolider la concertation entre les quatre participants, mais aucun calendrier détaillé de négociation avec l’Éthiopie n’est présenté. La portée du rapprochement se mesurera aux échanges directs et aux engagements vérifiables qu’il permettra. Pour l’heure, il formalise une coordination diplomatique, sans démontrer une désescalade effective.
La Rédaction
Sources : Présidence égyptienne, déclaration d’El-Alamein et compte rendu du 4 octobre 2026 ; Commission de l’Union africaine, communiqué du 1er octobre ; ministère éthiopien des Affaires étrangères, déclaration du 5 octobre reproduite par EBC ; Associated Press, 5 octobre.

