Trois ans après son renversement, l’ancien président gabonais cherche toujours à récupérer l’accès à ses comptes bancaires. Après plusieurs démarches judiciaires restées sans issue, Ali Bongo Ondimba a saisi une autorité financière d’Afrique centrale. Un contentieux qui soulève désormais des questions sur les garanties judiciaires et les responsabilités des établissements bancaires.
Au Gabon, les conséquences du coup d’État d’août 2023 continuent de se jouer sur le terrain judiciaire et financier. Ali Bongo Ondimba, écarté du pouvoir après quatorze années à la tête du pays, conteste toujours le gel de ses comptes domiciliés auprès de BGFIBank Gabon. Le 12 octobre 2026, l’ancien chef de l’État a porté son différend devant la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf), ouvrant une nouvelle étape dans une procédure engagée depuis plusieurs mois.
Cette démarche intervient après plusieurs tentatives de règlement infructueuses. L’entourage de l’ancien président dénonce un blocage injustifié de ses avoirs, tandis que l’établissement bancaire affirme agir en application d’une décision judiciaire. Au centre du dossier figure désormais une question essentielle : dans quelles conditions les comptes ont-ils été placés sous séquestre et quels recours permettent d’en contester le maintien ?
Une ordonnance judiciaire au cœur du différend
Le contentieux s’est précisé en juin dernier. Le 8 juin, Ali Bongo a officiellement demandé à BGFIBank de lui communiquer ses relevés bancaires et de justifier l’impossibilité d’accéder à ses fonds. Neuf jours plus tard, la banque a invoqué une ordonnance émanant d’un juge d’instruction de Libreville, ordonnant la mise sous séquestre des comptes de l’ancien président et de son épouse, Sylvia Bongo Ondimba.
La défense conteste notamment les conditions de notification de cette décision. Le 22 juin, elle a saisi le tribunal de première instance de Libreville pour obtenir une copie de l’ordonnance, tout en engageant une procédure en référé destinée à demander la levée du gel. À ce stade, aucune décision définitive mettant fin au différend n’a été rendue publique.
Les régulateurs régionaux sollicités
Face à cette impasse, Ali Bongo a élargi ses démarches aux institutions financières de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Après avoir sollicité la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), chargée de superviser les établissements de crédit, il s’est tourné vers la Cosumaf.
Cette distinction est importante. La Cosumaf surveille principalement les marchés financiers et protège les investisseurs, tandis que la Cobac contrôle le secteur bancaire. Leur intervention éventuelle ne se substitue donc pas aux décisions des juridictions compétentes pour apprécier la validité d’un séquestre judiciaire.
Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, l’ancien président envisage également de saisir l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en France, où le groupe bancaire possède des activités.
Un contentieux révélateur des tensions de l’après-transition
Au-delà de la récupération des fonds, l’affaire s’inscrit dans les relations sensibles entre l’ancien pouvoir gabonais, les institutions judiciaires et les acteurs financiers. Les proches d’Ali Bongo évoquent des motivations politiques, sans que cette interprétation ait été établie par une décision de justice.
Un séquestre constitue une mesure juridique de contrôle des biens, distincte d’une confiscation définitive. Sa légalité dépend notamment de la décision qui le fonde, de son champ d’application et des voies de contestation ouvertes aux personnes concernées.
Pour le Gabon, cette affaire pose finalement une question plus large : comment garantir à la fois l’exécution des décisions judiciaires, les droits des titulaires de comptes et la sécurité juridique des établissements financiers ? La réponse dépendra désormais de l’examen des procédures engagées, bien davantage que du statut politique de l’ancien président.
La Rédaction

