Le vent de liberté qui avait soufflé sur la Tunisie après la révolution de 2011 semble aujourd’hui se heurter à un mur de répression. Dans un rapport publié cette semaine, l’ONG Human Rights Watch alerte sur un recul alarmant des libertés publiques et une instrumentalisation du système judiciaire au profit du président Kais Saied.
Des arrestations à visée politique
Depuis janvier 2025, plus de cinquante personnes ont été arrêtées pour des motifs que Human Rights Watch qualifie de politiques. Parmi elles, des avocats, des journalistes, des militants de la société civile et même des juges. Une vague d’arrestations qui, selon l’organisation, vise à museler toute forme d’opposition ou de critique à l’égard du pouvoir en place.
Ce climat répressif s’inscrit dans une dynamique amorcée dès 2021, année durant laquelle Kais Saied s’est arrogé les pleins pouvoirs en suspendant le Parlement, en limogeant le gouvernement et en réécrivant la Constitution. Réélu en octobre 2024 dans un contexte marqué par l’absence de véritables adversaires – la plupart ayant été emprisonnés ou empêchés de se présenter – le chef de l’État semble consolider un régime de plus en plus fermé.
Le cas Ghannouchi, symbole d’une justice sous contrôle
La figure la plus emblématique de cette répression demeure Rached Ghannouchi, ancien président de l’Assemblée et chef historique du parti Ennahda. Arrêté en 2023, il fait l’objet de multiples accusations. Selon sa famille, ses droits fondamentaux ne sont pas respectés, notamment en matière d’accès aux soins médicaux. Ce traitement inquiète les défenseurs des droits humains qui y voient une méthode pour briser physiquement et moralement les figures de l’opposition.
Silence des autorités, appel à l’Europe
Le rapport établit un lien direct entre les arrestations et la centralisation du pouvoir opérée par Kais Saied. Les autorités tunisiennes, pour leur part, n’ont pas répondu aux accusations. Face à ce silence, Human Rights Watch appelle les partenaires internationaux de la Tunisie – notamment l’Union européenne – à conditionner leur coopération à des garanties concrètes en matière de droits humains.
Alors que l’UE a récemment renforcé ses liens avec Tunis, notamment pour des questions migratoires, l’ONG rappelle que le soutien international ne doit pas cautionner une dérive autoritaire aux dépens des libertés acquises au prix d’une révolution.
La Rédaction

