Vingt ans après sa création, l’Association des producteurs de coton africains (Aproca) dresse un bilan sans illusions : le coton, pourtant vital pour l’économie du continent, reste vulnérable à la fois aux marchés mondiaux et au chaos climatique.
Un poids économique mais peu de pouvoir
Avec près de 3 millions de tonnes produites chaque année, le coton reste un pilier économique pour l’Afrique, mobilisant environ 20 millions de personnes, en majorité de petits producteurs et productrices. Pourtant, cette production reste largement soumise à un marché international dominé par les géants du secteur. « Nous sommes preneurs de prix », déplore Koussouwè Kourouféi, président de l’Aproca. Le coton africain, bien que récolté à la main et de qualité supérieure, n’échappe pas à la loi du plus fort : les cours sont fixés ailleurs, et les producteurs locaux doivent s’aligner, souvent à perte.
Climat et insectes, des ennemis invisibles
À cette dépendance économique s’ajoutent les aléas du climat et les attaques ravageuses d’insectes. Au Togo, les semis souffrent de pluies de plus en plus irrégulières. « La pluviométrie ne suit plus le rythme agricole », témoigne Padibalaki Péguédou, coordonnateur de la Fédération nationale des producteurs de coton. Résultat : la surface cultivée fond, passant de 75 000 hectares à moins de 65 000. Un phénomène qui touche l’ensemble des quinze pays producteurs de l’« or blanc » africain.
Une stratégie d’adaptation en gestation
Face à ces menaces, l’irrigation apparaît comme une réponse incontournable. Produire à contre-saison, libérer l’agriculture des caprices du ciel : une ambition que l’Aproca souhaite inscrire dans son futur plan stratégique, qui sera discuté fin avril à Garoua, au Cameroun. Encore faut-il que les investissements suivent. Car malgré les aides extérieures, les producteurs réclament avant tout des infrastructures, une meilleure rémunération, et un système plus juste. Vingt ans après sa création, l’Aproca ne veut plus seulement plaider : elle veut peser.
La Rédaction

