L’élection présidentielle ivoirienne prévue pour octobre prochain représente un moment clé pour la démocratie du pays. Avec une population de 32 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire se prépare à affronter un test crucial pour sa stabilité, notamment en tentant de tourner définitivement la page des crises post-électorales de 2010-2011 et de jeter les bases d’une réconciliation durable. Dans ce contexte, les acquis économiques sous le régime d’Alassane Ouattara, un multipartisme pluraliste, une classe politique plus mûre et une liberté d’expression plus affirmée sont des éléments majeurs qui peuvent garantir une transition en douceur vers une élection sans violence.
Le climat actuel semble plus calme qu’en 2020, où de violentes manifestations avaient fait de nombreuses victimes et où l’opposition avait choisi de boycotter les élections. Cette année-là, l’élection d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat controversé avait été marquée par une forte tension et un climat de peur, même si le président avait été élu avec 94 % des voix. En 2025, la situation semble différente : les atouts économiques du pays, la pluralité politique et une ouverture internationale continue placent la Côte d’Ivoire dans une position de force face à un défi démocratique de taille.
Sur le plan international, le président Ouattara s’est particulièrement distingué en Chine, où il a obtenu plusieurs milliards de francs CFA pour développer les infrastructures ivoiriennes, notamment pour la réhabilitation de 3500 kilomètres de routes. En termes de partenaires commerciaux, l’Italie est devenue le principal fournisseur, détrônant la France et le Maroc. Cependant, ces succès internationaux n’ont pas suffit à apaiser les tensions internes, notamment avec la jeunesse des quartiers populaires. En janvier dernier, de violents affrontements entre jeunes et forces de l’ordre à Bettié ont rappelé les défis sociaux persistants. La pression est forte pour intégrer 300 000 jeunes chaque année sur le marché du travail, un enjeu majeur au moment où la majorité des entreprises du pays restent dominées par de grands groupes internationaux.
Le président Ouattara, après trois mandats réussis, hésite toujours à confirmer sa candidature pour 2025. Lors d’une cérémonie en début d’année, il a laissé entendre qu’il pourrait briguer un quatrième mandat, tout en précisant qu’il n’avait pas encore pris de décision. Cette déclaration pourrait bien annoncer sa candidature, d’autant plus que son propre parti, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), s’est déjà positionné pour le soutenir. Le dilemme du président tient en grande partie à la volonté de voir son œuvre économique consolidée, en particulier avec la découverte récente de gisements de pétrole et d’or. Cependant, une partie de son camp semble désemparée et ne voit pas de successeur à sa hauteur.
L’opposition, quant à elle, traverse une phase de fragmentation. Laurent Gbagbo, qui a retrouvé la liberté après une décision de la Cour pénale internationale, reste une figure centrale, mais les relations avec Ouattara sont tendues. En outre, au sein du principal parti d’opposition, le PDCI, la lutte de leadership entre Tidjane Thiam et Jean-Louis Billon divise encore plus le paysage politique. La crise interne du PDCI est symptomatique d’un plus grand manque de cohésion dans l’opposition, face à un pouvoir qui a déjà marqué des points avec ses succès économiques et diplomatiques.
La Côte d’Ivoire, au carrefour de son développement politique et économique, est aujourd’hui confrontée à un équilibre délicat. Bien que l’économie ait progressé, la question de l’inclusivité sociale et de la gestion des fractures internes reste cruciale. Les tensions ethniques, exacerbées par les regroupements communautaires et l’afflux de migrants sahéliens, compliquent encore l’unité nationale. Alors que la campagne présidentielle approche, la question de l’avenir du pays semble se jouer sur le fil du rasoir entre continuité et changement, avec des incertitudes qui nourrissent les débats et les tensions.
La Rédaction

