« Merci Wagner », pouvait-on lire à Bamako en 2022. Trois ans plus tard, les mercenaires russes plient bagage. Mais la Russie, elle, reste.
Par un communiqué vidéo diffusé le 6 juin 2025 sur ses canaux Telegram, le groupe Wagner a annoncé mettre fin à sa mission au Mali. Présents depuis fin 2021 aux côtés de l’armée malienne, ces mercenaires russes disent avoir « accompli leur mission » dans la lutte contre les groupes armés jihadistes. Une sortie spectaculaire mais attendue, qui masque mal une réalité plus stratégique : la Russie ne quitte pas le Mali, elle change simplement de visage.
Une guerre coûteuse
La fin annoncée de Wagner intervient après une série d’attaques sanglantes subies par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés russes à Boulikessi et Tombouctou. Ces attaques, attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, ont causé d’importantes pertes. Ces revers ont sérieusement entamé la légitimité de Wagner, déjà affaiblie par la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, dans un crash suspect en 2023.
Une sortie coordonnée
Ce départ, bien qu’annoncé comme une fin de mission victorieuse, s’inscrit surtout dans une logique de restructuration. Depuis plusieurs mois, le Kremlin a centralisé ses forces paramilitaires sous une nouvelle entité : l’Africa Corps. Cette force, contrôlée directement par le ministère russe de la Défense, est composée d’anciens membres de Wagner, de soldats réguliers et de nouvelles recrues formées spécifiquement pour les opérations en Afrique.
Contrairement à Wagner, qui s’illustrait par des méthodes brutales, l’Africa Corps se veut plus institutionnelle. Son mandat met l’accent sur la formation des forces locales, la logistique, la protection d’infrastructures stratégiques, et la sécurisation de régimes alliés à Moscou.
Continuité stratégique
Le Mali reste une pièce centrale dans la stratégie africaine de la Russie. Depuis la fin de l’opération Barkhane et le retrait français en 2022, Bamako a renforcé ses liens avec Moscou, lui confiant la gestion de sa sécurité, mais aussi des pans entiers de son économie (exploitation minière, logistique, armement).
Le départ de Wagner ne signifie donc pas une perte d’influence russe. Bien au contraire. En installant l’Africa Corps, Moscou verrouille un partenariat militaire étatique avec la junte malienne, tout en se dégageant des controverses liées aux exactions imputées à Wagner.
Et maintenant ?
Pour les autorités de transition maliennes, ce changement est une manière d’inscrire la coopération avec la Russie dans un cadre plus officiel, moins sulfureux. Reste à savoir si cette transition sera synonyme de gains sécuritaires réels, ou si le Sahel restera enlisé dans la spirale de la violence jihadiste malgré les changements d’uniforme.
Le slogan « Merci Wagner » appartient désormais au passé. L’avenir, lui, s’écrira peut-être sous le logo du ministère russe de la Défense.
La Rédaction

