Face à l’urgence climatique, l’Afrique a décidé de transformer sa vulnérabilité en force stratégique. Depuis le 9 jusqu’au 13 février, Dakar a accueilli une formation intensive destinée à renforcer les capacités diplomatiques et économiques des représentants de quatorze pays africains.
Organisée par l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), en partenariat avec le Centre d’excellence pour le leadership et le management pour le développement de l’Afrique (CELMAD), cette session a réuni des diplomates et hauts fonctionnaires du Burkina Faso, Comores, République démocratique du Congo, Gambie, Ghana, Guinée équatoriale, Kenya, Libye, Mauritanie, Maroc, Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie et Tunisie.
Une formation pratique pour des négociations réelles
Contrairement à un atelier classique, la formation combinait théorie et simulation. Les participants ont expérimenté des négociations sous pression, utilisant des outils avancés comme le modèle 5×5, la BATNA (meilleure alternative à un accord négocié) et la ZOPA (zone d’accord possible). L’objectif : défendre une position africaine unifiée sur les enjeux clés tels que le financement climatique, les pertes et dommages, l’adaptation et la transition énergétique juste.
« Ce n’était pas un atelier, mais un exercice diplomatique grandeur nature », a expliqué Noëlle Chao Mutta, représentante du Kenya. « Nous avons appris à négocier, à former des coalitions et à articuler nos positions comme sur une véritable scène internationale. »
Un calendrier stratégique pour l’Afrique
Le moment choisi est crucial. La COP31 se tiendra en novembre 2026 à Antalya, Turquie, et la COP32 aura lieu en 2027 à Addis-Abeba, offrant une opportunité historique au continent de s’imposer comme acteur majeur.
La formation a également insisté sur la maîtrise des fonds climatiques internationaux, souvent sous-exploités. Fodé Ndiaye, directeur général du CELMAD, a rappelé : « La finance est un moyen pour un but, et non un but en soi. Sans vision claire et projets bancables, l’argent reste inefficace. »
Les participants ont étudié les mécanismes du Fonds vert pour le climat, du Fonds pour l’adaptation, des fonds pour pertes et dommages et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), afin de traduire ces ressources en projets concrets au service des populations.
Exploiter les ressources internes et stratégiques
L’Afrique ne représente que 4 % des émissions mondiales, mais elle possède un potentiel immense. Biodiversité, bassin du Congo, minerais critiques comme le cobalt en RDC, et énergies renouvelables : le continent détient des leviers stratégiques qu’il doit exploiter.
Selon M. Ndiaye, « l’Afrique doit penser globalement et agir unie pour peser davantage sur la scène internationale ». La mobilisation des ressources domestiques reste essentielle, en complément des financements extérieurs.
Priorités pour une diplomatie climatique efficace
La formation a mis l’accent sur plusieurs axes prioritaires pour renforcer l’impact de l’Afrique dans les négociations climatiques. Il s’agit d’intégrer systématiquement les enjeux climatiques dans toutes les politiques publiques, de développer une capacité d’anticipation face à l’évolution rapide du changement climatique grâce à une veille stratégique, et de renforcer la coordination institutionnelle à tous les niveaux, du local au continental. Les participants ont également souligné l’importance de préparer en amont des positions communes fondées sur des données scientifiques fiables et des coalitions régionales solides. Enfin, l’activation rapide des opportunités disponibles sur le continent, en alignant plans d’action, financement climatique, partenariats technologiques et développement des chaînes de valeur vertes, constitue un levier essentiel pour traduire ces priorités en résultats concrets.
Ubuntu : l’unité comme force
Mamadou Soulé Guèye, représentant du ministre sénégalais des Affaires étrangères, a conclu en rappelant la philosophie Ubuntu : « Je suis parce que nous sommes ». Cette approche souligne l’importance de la solidarité et de l’unité dans la diplomatie africaine, démontrée récemment lors du sauvetage du Pacte pour l’avenir à l’ONU.
Fort du succès de cette première édition, IDEP et CELMAD organiseront une seconde session à Addis-Abeba en avril 2026 pour une nouvelle cohorte de fonctionnaires africains. Comme l’a résumé M. Guèye : « Nous quittons Dakar mieux préparés, mieux connectés et mieux alignés. Le vrai travail commence maintenant : transformer cette expérience en résultats tangibles pour nos populations et notre planète. »
La Rédaction

