La Commission électorale indépendante (CEI) ivoirienne a provoqué une onde de choc politique le 17 mars 2025 en radiant trois figures majeures de l’opposition de la liste électorale provisoire pour la présidentielle d’octobre. Cette décision, qui frappe l’ancien président Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, ravive les inquiétudes quant à la transparence du processus électoral à venir.
Une justice à géométrie variable ?
Le PDCI, poids lourd historique de l’opposition, dénonce une « volonté méprisante du pouvoir » et conteste le fondement juridique de ces exclusions. Si les autorités justifient leur décision par les condamnations antérieures des trois personnalités – Gbagbo et Blé Goudé pour leur rôle présumé dans la crise postélectorale de 2010-2011, et Soro pour « atteinte à la sûreté de l’État » en 2021 – le PDCI pointe une contradiction flagrante avec les décisions internationales.
« Comment peut-on ignorer l’acquittement prononcé par la Cour pénale internationale pour Gbagbo et Blé Goudé, ou l’injonction de la Cour africaine des droits de l’Homme concernant le rétablissement des droits civiques de Soro ? » s’interroge Bredoumy Soumaila, porte-parole du PDCI. « Ces exclusions relèvent manifestement d’une instrumentalisation politique de la justice nationale. »
Un climat politique qui se détériore
Cette nouvelle crise intervient dans un contexte déjà tendu, alors que la Côte d’Ivoire n’a jamais véritablement cicatrisé les plaies des affrontements post-électoraux de 2010-2011 qui avaient fait plus de 3 000 morts. Le PDCI alerte sur les risques d’une « dérive autoritaire » du RHDP, le parti au pouvoir, accusé de chercher à « verrouiller le jeu démocratique » en écartant ses principaux rivaux.
Des observateurs internationaux s’inquiètent également de cette situation. « Ces exclusions pourraient compromettre la crédibilité du scrutin et raviver les tensions communautaires », estime Marie Nkosi, analyste politique spécialiste de l’Afrique de l’Ouest. « La Côte d’Ivoire ne peut se permettre une nouvelle crise électorale. »
Un appel au dialogue pour sortir de l’impasse
Face à cette situation explosive, le PDCI appelle à un dialogue politique inclusif pour garantir un processus électoral transparent et apaisé. « Depuis la disparition de Félix Houphouët-Boigny en 1993, notre pays n’a connu que trop de turbulences politiques », rappelle le porte-parole du parti. « Seule une concertation sincère entre toutes les forces politiques pourra rétablir la confiance et préserver la paix sociale. »
Alors que le contentieux électoral est encore en cours d’examen, la question reste entière : la Côte d’Ivoire saura-t-elle éviter le piège d’une nouvelle confrontation politique majeure, ou s’engage-t-elle sur le chemin périlleux d’une élection aux résultats contestés ?
La Rédaction

