À Bamako, le Burkina Faso, le Mali et le Niger posent les jalons d’une justice concertée pour répondre aux défis régionaux.
Pour la première fois depuis la création de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), les ministres de la Justice du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis à Bamako afin de jeter les bases d’une coopération judiciaire renforcée. La rencontre, présidée par le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, s’inscrit dans une dynamique de convergence institutionnelle, avec l’objectif clair de construire un socle juridique partagé face aux menaces transnationales.
Les enjeux sont multiples : insécurité persistante, criminalité organisée, trafic d’armes, blanchiment d’argent. Conscients que les réponses purement sécuritaires sont insuffisantes, les trois pays entendent faire de la justice un levier de stabilité, de souveraineté et de cohésion sociale.
« Le droit est au service de la marche radieuse du peuple de l’AES », a déclaré le ministre burkinabè Edasso Rodrigue Bayala, appelant à traduire les intentions en mécanismes concrets.
Pour le ministre nigérien Alio Daouda, la création d’un espace judiciaire commun est devenue incontournable pour casser durablement les dynamiques d’instabilité qui minent les frontières.
Mais le chantier est ambitieux. Sur le terrain, les réalités sont contrastées. Au Mali, selon le Mali-Mètre 2022, 53 % des citoyens considèrent la justice comme la plus corrompue des institutions, et seules 3,6 % des communes rurales disposent d’un tribunal. Le Burkina Faso se classe 98e sur 142 pays en matière d’État de droit (WJP 2024), tandis qu’au Niger, 61 % des habitants ont été confrontés à un litige au cours des quatre dernières années, avec un fort taux de non-recours, notamment dans les zones rurales.
Dans ce contexte, les ministres ont adopté une approche pragmatique : non pas unifier les législations, mais rendre les systèmes judiciaires compatibles, interopérables et capables de coopérer efficacement. Les axes de travail incluent la reconnaissance mutuelle des décisions de justice, la lutte contre l’impunité, la formation conjointe des magistrats et l’usage partagé d’outils numériques.
Le Premier ministre malien a souligné l’importance d’une justice arrimée aux réalités sociales, garante d’équité, de transparence et de protection des droits fondamentaux. Dans la vision portée par l’AES, la justice n’est plus seulement un instrument étatique : elle devient un pilier de développement, au même titre que l’économie ou la sécurité.
Les résolutions issues de cette réunion seront transmises au président de la Confédération, le général Assimi Goïta, pour un suivi politique et institutionnel à travers les ministères compétents.
Cette première étape concrétise une volonté régionale : bâtir une architecture judiciaire résiliente et solidaire, à la mesure des défis communs.
La Rédaction

